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Les ailes collées de Sophie de Baere

Un coup de coeur!

Parfois, nous avons l’impression que certains avis sont surfaits, que certains retours manquent de clairvoyance ou de sincérité…

Parfois…

Parfois, je suis les avis. Parfois non. Ne pas les suivre peut être un risque. Celui de passer à côté d’une pépite.

Toi qui lit cette chronique, peut-être ne me croiras-tu pas si je te dis que tu dois absolument lire « Les ailes collée de Sophie de Baere.

Dommage pour toi!

Oui! Tu dois absolument te lancer dans la lecture ou l’écoulecture du dernier roman de Sophie de Baere.

« Les ailes collées » est publié aux éditions JC Lattès. Il a reçu le prix 2022 « Maison de la presse ». Depuis le mois de juillet, une version audio existe chez Audiolib! Elle mérite grandement le détour.

« Les ailes collées » est publié en grand format par les éditions JC Lattès ainsi qu’en audio chez Audiolib.

« Les ailes collées » est une histoire d’hommes. De ces histoires dont longtemps nous avons tu l’existence. « Les ailes collés » est une histoire d’amour, une histoire d’amour, une histoire bien plus banale qu’elle n’en a l’air.

Ce roman est empli d’humanité. Lorsque l’humanité pousse l’humain dans ce qu’il a de plus fabuleux ou de plus pervers.

Avec beaucoup de talent et de justesse, Sophie de Baere nous conte une histoire d’amour entre deux adolescents. De la rencontre entre Paul et Joseph naîtra un amour pur et beau, de celui que certains cherchent leur vie durant.

Pourtant, 1983, époque où s’aiment Paul et Joseph n’est pas prêt à vivre et à soutenir ces sentiments que la morale réprouve. Le monde des deux jeunes gens s’ébranle face à la violence et l’intolérance de leurs congénères.

Bien après, le jour de ses noces avec Ana, Paul voit ressurgir soudainement Joseph après de nombreuses années de silence. Ces retrouvailles réveillent en Paul ce douloureux passé ainsi que ses sentiments enfouis au plus profond de lui.

Une histoire d’amour entre adolescents…

Avant de parler du contenu de ce roman et de partager avec toi mon ressenti, je voulais féliciter Audiolib ainsi que Bernard Gabay pour l’excellent travail d’édition audio!

Ce roman audio est une pépite. Le lecteur restranscrit avec succès la poésie et l’émotion contenues dans l’écriture de l’autrice.

Ce roman « Les ailes collées » est une déclaration, une vitre de protection qui explose. Au fil des mots, les faits nous explosent à la figure. Les émotions aussi. « Les ailes collées » dévoile ces rêves d’ados brisés, ces amours contrariés, ces familles décousues.

Le personnage de Paul est attachant. Il porte à lui seul toutes les désillusions parentales, les erreurs de parcours, les faux-pas. Il affronte seul la violence vis à vis de sa différence.

Joseph est plus sobre et plus solitaire. Sa personnalité est plus volubile. J’ai souffert avec Paul de son inconsistance. Il est incroyable de réaliser que certains ne parviennent pas à rendre l’amour qu’ils reçoivent.

Les ailes de Paul sont collées. Arrivera-t-il à s’élever au dessus de des attentes et des difficultés d’aimer?

Ce livre est un coup de cœur. Je te le conseille tant pour son histoire que pour l’écriture agréable de l’autrice. Ce roman est brillamment bien écrit. Il se dévore!

Une chose est certaine, je lirai très prochainement un autre roman de Sophie de Baere! Son style me convient tout à fait!

Et toi? Déjà lu cette autrice? Quel livre? Note les titres en commentaire.

Tenté.e par ce roman? Dis-moi pourquoi en commentaire!

Bonne lecture!

Littérature

Les frénétiques d’Adeline Fleury

Ecris lors du premier confinement, « Les frénétiques » parle d’évasion et de vacances.

Sens-tu la température augmenter ces derniers jours?

L’été arrive un peu avant la date annoncée…. Une petite odeur de crème solaire flotte dans l’air. Un avant goût de vacances.

Je ne sais pas toi mais je compte fermement sur l’été pour s’installer à long terme sous nos cieux. Je lui suggère de rester avec nous jusqu’à l’automne (et plus si affinité…tant qu’à subir le réchauffement climatique…bon ok je me tais).

En été, tout me semble plus léger. L’air du matin. Le petit vent remuant les feuilles des arbres. Les chants des oiseaux. Les apéros. Les bbqs avec les amis. Les petites robes. Les lectures.

Aaaahhhhh…l’été…l’évasion…

Nous, gens du Nord, aimons foncer vers le Sud.

Descendre dans le Sud pour un Nordiste est la garantie de chaleur, de farniente, de dépaysement…

« Les frénétiques » d’Adeline Fleury est sorti au printemps dernier aux éditions Julliard.

Cet été, je te propose un roman qui à lui tout seul va te rechauffer le corps et l’esprit: Les frénétiques d’Adeline Fleury publié par Julliard au printemps dernier.

Que tu sois sous le soleil des Tropiques ou sous le ciel belge, ce roman va faire monter la température…

Ne te méprend pas, il ne s’agit de rien de hot, ni d’érotique. Tout se joue dans l’ambiance et le cescendo de l’écriture d’Adeline Fleury.

Quitter Bruxelles…euh Paris est le programme estival d’Ada. Accompagnée de son fils, Nino, ils embarquent sur un ferry à Naples.

Direction?

L’île d’Ischia au large de la ville.

J’ai fait une recherche Google et maintenant je rêve de pouvoir y aller un jour.

Ischia est idylique. Ada aime y passer ses étés, loin de l’agitation et du bruit de la capitale française.

Loin de sa vie de femme active et overbookée.

Loin de ces derniers mois où lassée de tout, elle a vécu telle une novice entrée dans un couvent.

Ada a mis volontairement sa sensualité et son corps au repos par choix, par lassitude.

Ce corps voluptueux est encore en plein hiver quand elle met le pied sur ce bateau qui l’emmène vers cet ailleurs.

En voyant le port de Naples s’éloigner, Ada remarque une jeune femme rousse et attirante.

Eva est troublante et délicieusement irrésistible. Contre toute attente, Ada est inéluctablement attirée par Eva.

Résumé de l’éditeur

A travers « Les frénétiques », Adeline Fleury aborde l’attirance. Celle qui nous tombe dessus au moment le moins opportun.

D’autant plus quand cette envie est dirigée vers une personne du même sexe.

Une attirance inédite.

Une attirance qui questionne.

…Que m’arrive-t-il?…

Attirance que l’on choisit de suivre…

…Ou à laquelle on résiste.

Avec beaucoup de finesse et une plume choisie, l’autrice fait, au fil des pages, monter la pression. La température augmente.

Le Vésuve se réveille sur le continent…

« Les Frénétiques » n’est pas un simple roman d’amour. Ce roman va, toi aussi, te mettre sous tension, t’enrober, te saisir, te révolter, te chambouler, te résister, t’épuiser.

La chaleur et les tensions vont t’accabler. Les mots choisis vont te perturber puis t’embarquer. Tu vas vouloir savoir. Tu vas vouloir comprendre.

Si Eva a visiblement jeté un charme à Ada, il est plus que probable que « Les frénétiques » agissent de la sorte pour toi. Le risque est grand que tu ne puisses lâcher ce roman qu’après en avoir lu la dernière ligne.

Cette lecture m’a chamboulée. Elle m’a, par moment, laissée perplexe. Au sortir de ma lecture, je ne savais si je l’avais aimé ou pas.

La plume de l’autrice est peut-être un peu trop ciselée pour la lectrice avide que je suis.

Plusieurs semaines plus tard, je suis réellement ravie d’avoir eu l’occassion de lire « Les Frénétiques », une lecture originale et emplie de féminitude.

Si tu veux aller plus loin dans la découverte de ce roman, l’entretien avec l’autrice est disponible sur le blog ICI .

Bonne lecture!

Entretien·Littérature

Adeline Fleury: Amour et raison sont-ils compatibles ?

Les Frénétiques est sorti en mars dernier chez Julliard

Bonjour Adeline!.

Je suis ravie de te rencontrer aujourd’hui et d’avoir pu découvrir ton dernier livre : Les frénétiques sorti aux éditions Jullliard. Je suis une femme née dans les années 70 et ton livre m’a percutée de plein fouet. Je n’étais pas prête.

De moi-même, je n’aurais pas été vers « Les frénétiques » spontanément et finalement à la suite d’une proposition de service presse, j’en ai accepté la lecture.  Je suis entrée dans un univers qui m’a beaucoup plu.

Ton livre est un cran au-dessus de ce que je peux voir sur Instagram par exemple. Sur les réseaux sociaux, les maisons d’édition poussent vraiment certaines sorties de livres au détriment parfois d’autres qui ne déméritent pas.

Ici, nous sommes plus, à mes yeux, dans de la littérature blanche. Je lis plusieurs livres en même temps.  « Les frénétiques » est moderne et engagé. Comment en es-tu arrivée à écrire « Les frénétiques » ? Déjà le titre est très fort ?

Ce texte a bouillonné en moi pendant plusieurs mois. Moi-même, j’ai ressenti un émoi pour une jeune femme mais vraiment de manière très très furtive en Italie, en vacances. J’étais sur le bord de la piscine. J’étais vraiment scotchée au point d’y penser le soir même, le lendemain, le surlendemain. Puis, des semaines après.  Au-delà de ça, ce questionnement du pourquoi me poursuit depuis quelques temps. Moi qui suis à priori à 100 pourcents hétérosexuelle, maman, avec beaucoup d’hommes dans ma vie, pourquoi de temps en temps je suis happée par une silhouette, un regard. Est-ce que mon désir ne serait pas plus fluide finalement qu’il n’y paraît? Je crois que c’est un questionnement naturel. J’en ai parlé avec des amis. Beaucoup de femmes, à un moment donné dans leur vie, s’interrogent là-dessus peut-être même plus que les hommes. Les femmes ont un parcours plus linéaire.

Peut-être que ce questionnement est plus autorisé pour les femmes que pour les hommes. Les hommes sont toujours en lutte avec cet ascendant de la masculinité ?

Peut-être oui, la virilité, le « je ne me laisse pas aller ». Je pense que les femmes ont une féminité qui se construit à tout moment. Nous n’avons pas la même féminité à 20 ans, à 35 et peut-être plus tard à 75 ans. Le féminin fluctue. Le corps féminin est tellement marqué par des étapes comme les menstruations, la maternité, l’accouchement.  

Je te rejoins. Par exemple, je constate que le fait d’avoir des filles m’a fait évoluer dans ma féminité aussi. Elles m’apportent le regard d’une autre génération.

 En vrai, je me demande si la femme ne se questionne pas plus au long de sa construction qu’un homme. C’est à vérifier bien entendu. Pour l’homme, c’est autre chose. Il y a la crise de la quarantaine d’un coup. Il va tout quitter pour une jeune femme.

Ce questionnement que tu as, il est en lien avec la crise de la quarantaine ?

Non, pas du tout. J’avais ce ressenti, ce questionnement. J’ai écrit sur le désir féminin avant ce texte. Je l’ai écrit en grosse partie en confinement.  Je me suis retrouvée enfermée dans cet appartement à Paris.  Je me suis dit qu’il fallait que j’écrive là-dessus. Le fait d’être enfermée, d’être coupée du toucher, de l’exultation des sens, du voyage, tout ça, ça a été exacerbé. J’ai mis tout ça dans le texte.

 C’est bien puissant en tout cas. Le mot correspond bien je trouve au niveau de la puissance.

Oui…ardent et frénétique !

Adeline Fleury devant le superbe Folon du patio radio de la RTBF!

 Je me suis un peu renseignée sur ton parcours. J’ai vu que tu avais un passé de journaliste.  Quelles sont les traces de ce journalisme dans ton écriture, dans tes livres ?  Ce n’est pas tout à fait le même travail.

« Les frénétiques » est très romanesque. L’écriture n’est pas journalistique. J’ai un passé de reporter de terrain. Ce passé fait peut-être que j’ai ce sens du détail. J’écris avec mes 5 sens. Quand je partais n’importe où en reportage, je n’avais pas de caméra, juste ma plume pour raconter ce que je voyais, vivais. Il faut faire passer les détails au lecteur. J’ai l’impression que ça se ressent. Après, dans mon parcours en tant qu’auteur, mon premier texte qui a été réédité « Petit traité de la jouissance féminine » est plus un livre hybride entre l’essai, plus documenté, plus journalistique et dedans il y avait des passages à la 3e personne où déjà je me lâchais un peu dans l’écriture romanesque. Le romanesque offre cette possibilité de lâcher prise. J’ai envie de n’écrire que des romans.  

Ce regard de reporter s’éloigne finalement de plus en plus ?

Oui, il fait partie de moi. Tous ceux qui écrivent en étant des journalistes, tous ces gens qui ont fait du terrain, ont quand même une propension à donner, à vivre, à voir les choses.

Un peu un côté cinématographique ?

 Oui, le roman est cinématographique.

 Il y a des moments où, en tout cas moi qui suis très visuelle quand je lis, je m’imaginais bien sur le bord de la piscine…

Je l’ai vu avant. Je vois chaque chapitre avant de l’écrire.  Quand je ne vois rien, je n’écris pas.

L’écriture est un peu dans ta famille. Quand on suit les traces d’un de ses parents, est-ce un atout ou un désavantage ?

J’ai vu mon père écrire du matin au soir. C’était un truc un peu effrayant. Il s’enfermait.

En effet j’ai vu sa page Wikipédia…

 Oui, elle est impressionnante.

Je ne le connaissais pas du tout. Dans son écriture, il rapporte aussi beaucoup de choses. Il y a aussi cette idée de reportage.

 Papa (Georges Fleury) est autodidacte. Il est spécialiste de la guerre d’Algérie. Il s’est engagé à 17 ans. Il était tout jeune. Ensuite, il a déserté. Il a eu plusieurs vies : il a été chanteur, marginal. A un moment, il est entré en écriture. Je suis née en 78 et en même temps, il écrivait son premier livre.

C’est un peu comme s’il était rentré dans les ordres ?

C’est un peu écrasant. J’ai vu papa écrire du matin au soir. Il s’est enfermé dans sa bulle d’écriture. En même temps, j’étais fascinée. Je ne voulais pas être écrivaine petite. Le journalisme c’est une façon d’écrire mais pas comme papa. Puis j’ai été rattrapée… Je ne fais pas du tout le même genre de livre que lui.  Chacun a son domaine d’expertise.  

Est-il possible d’échanger avec lui par rapport à l’écriture ?

C’est compliqué. Il lit tout ce que j’écris. Le premier sur la jouissance féminine a été quand même quelque chose de difficile. Il m’a lue et m’a dit : « Sur la forme, je n’ai rien à dire. Après sur le fond… » Ce n’est pas évident pour un père.

Pour le roman d’avant « Ida n’existe pas », je me suis inspirée d’un fait divers. Une femme qui a commis un infanticide. Il s’est interrogé sur le pourquoi.  Il s’est même inquiété en me questionnant : « Et ça va avec ton fils ? »

Pour « Les frénétiques », il l’a lu. Il l’a refermé et il m’a dit : « C’est du lourd. C’est maîtrisé. C’est un vrai roman ».

Finalement l’atout arrive plus tard ?  

Il n’écrit plus. Il a des problèmes de santé. Il a passé la main. Il a passé le relais.

Es-tu arrivée à l’écriture parce qu’il y avait ce papa qui écrivait du matin au soir ou bien avais-tu déjà une passion pour la lecture, l’écriture ?

 J’ai toujours été littéraire. Je suis fille unique. Petite fille, je passais beaucoup de temps toute seul sans en souffrir.  Je m’inventais mes jeux; dans ma solitude. Cette solitude m’a permis de développer mon imaginaire. J’ai crée pas mal de monde à moi.  Je n’ai jamais tenu de journaux intimes. J’ai beaucoup lu. J’étais bonne en rédaction. J’étais bonne en philo.  J’ai fait une classe préparatoire littéraire. Un prof d’histoire m’avait dit que je devais faire écrivain. Moi, je voulais faire du journalisme.

N’est-ce pas un peu tôt quand on aime écrire de se dire :  « Je vais devenir écrivain » quand on a 18 ans ?  N’est-ce pas quelque chose d’inaccessible ?

Il y a toujours des exceptions… Françoise Sagan, une espère de petit monstre…Je suis chez Julliard.  C’était sa maison d’édition. Elle est une figure ultra douée. Il lui fallait tout et tout de suite. Après, chacun son parcours. J’ai eu besoin de passer par les reportages. Sans le journalisme, je ne serai pas là à te parler.  

Au niveau de ta bibliographie, que je découvre, je constate que tous tes livres sont tournés vers les femmes. Pour démarrer la découverte de ton univers littéraire, y a-t-il un livre en particulier qu’il faut lire pour commencer ? Quel est le livre qui te représente le plus ? Celui qui te tient le plus à cœur ?

« Les frénétiques » est le livre qui me ressemble le plus maintenant. Mon écriture est plus fluide. Quand je relis ceux d’avant, je vois que depuis 2 livres mon écriture est beaucoup plus travaillée. J’ai passé des caps.

Celui d’avant, « Ida n’existe pas » me tient à cœur. Je me suis inspirée du fait divers de cette femme qui avait abandonné son bébé sur la plage de Berck sur Mer en 2013. Elle a été jugée et elle est en prison. Je me suis mise dans la peau de cette femme infanticide. Je n’ai pas essayé d’expliquer, de justifier son geste. J’ai voulu expliquer comment on peut en arriver là.

Il y a un peu du thriller dans sa construction. A partir de ce livre, mon écriture s’assume. Elle est plus assurée. Ida est encore plus court que « Les frénétiques ». Il n’y a pas un mot de trop. Je les travaille de plus en plus. Je les ciselle. Dans le dernier, il y a des phrases un peu plus longues par moment parce qu’on a de la description, de la nature, et cetera. J’ai beaucoup coupé aussi.

Les chapitres sont très courts !

Je suis à l’aise.  Ça donne un bon rythme au risque créer des ellipses parfois mais pas tant que ça finalement.  Le récit se tient sur une durée. C’est un temps.  

Un temps très court ?

Oui tout à fait !

Pourtant l’ambiance du livre donne l’impression qu’à la fois le temps est très court mais aussi qu’il dure une éternité.

Comme un film de 1h30 !

Pourtant le temps s’est arrêté sur cette ile. Je ne savais même pas qu’il y avait une île au large de Naples.

Il faut y aller !

Comme on le disait tout à l’heure, « Les frénétiques » parle de sexualité féminine. Dans notre monde en mouvement et en pleine évolution, quel est l’accueil réservé à ton roman ? Tout le monde n’est pas encore prêt à parler ouvertement de ce thème ?  Les avis doivent être très partagés sur Babelio par exemple?

Les avis vont du méga coup de cœur à c’est un livre bizarre. J’étais à un salon du livre à Metz. Les gens étaient très favorables.  J’avais fait une conférence lors de laquelle je parlais de désir assez ouvertement.  Les gens sont venus.  Puis il y a eu cette femme. Elle tourne autour du livre. Elle lit le résumé en quatrième. Elle regarde et elle a eu un geste hyper violent. Elle a rejeté le livre et s’est écriée : « Ah non, ça jamais ». Elle est partie.

Mon voisin de dédicace qui était un homme a levé les yeux au ciel. C’était d’une violence quand même. Il y a encore un regard suspicieux sur la sexualité féminine et l’homosexualité. J’aurais pu l’écrire de manière à ce qu’Eva soit un jeune garçon. Ce n’était pas le questionnement.

Il y a quand même une certaine audace en tant que femme d’écrire sur ce sujet ?

J’aime bien d’ailleurs le terme d’audacieux.  Il me va très bien en tout cas merci.

Du coup le monde actuel est-il aussi ouvert que nous voudrions le penser ?

Il y a du chemin encore mais ça évolue. Après je ne me rends pas bien compte parce que vivant à Paris dans un milieu intellectuel où ce genre de choses fait partie du quotidien. J’ai grandi en province. Il y avait tout dans le geste de cette lectrice qui a rejeté le livre. Elle avait une cinquantaine d’années. Elle n’était pas non plus d’un autre temps

Ada est une mère de famille qui est dans un contrôle, une abstinence depuis des mois. Je me suis demandé pourquoi elle s’imposait ça ?

Elle est dégoutée. Elle n’en peut plus. Sa vie tourne en rond avec les hommes. Au début, je dis et c’est fort, qu’elle ne supporte plus l’odeur de ses amants. Ce ne sont pas tant ses amants, c’est son odeur à elle avec ses amants. C’est comme si elle avait mangé un peu trop de la même pâtisserie. Elle n’en peut plus donc elle met sa vie sexuelle complètement en sommeil.

En même temps, en arrivant sur cette île, elle a envie de se réconcilier avec son corps. Pas dans l’idée de tomber sur quelqu’un comme ça, elle est à nouveau vierge de tout.

 Un peu comme une longue période de méditation ? Comme le carême ou le ramadan ? Cette abstinence est une sorte de purification ?

Oui, elle s’est purifiée pour mieux ressentir après.

Malgré cette purification, en quelques jours, elle perd pied ? Comment expliques-tu cela ?

C’est tellement brutal ! C’est comme un coup de foudre. C’est une histoire d’amour. Ce n’est pas que du désir. Elle tombre raide dingue au point de se projeter. Ada se répète que ça va bien se passer, qu’elles vont pouvoir s’installer ensemble. Finalement Paris ce n’est pas si loin. Elle trouve plein de solutions. Cet amour lui tombe dessus. Avant même de toucher Eva, elle l’a déjà dans la peau.

Eva l’a aussi dans la peau mais elle a l’innocence de sa jeunesse et elle a besoin de ce jeu du chat et de la souris.

Oui, Eva est beaucoup plus jeune. Elle est plus légère. Elle aime les filles mais elle flirte avec des garçons.  Elle voit bien que ça met Ada dans tous ses états. L’autre est jalouse.  Son comportement renforce le désir. Elle part en scooter avec un garçon… Tout ça , inconsciemment, nourrit ce désir qui va vers la folie.

Pour Ada, cet amour est passionnel mais un amour vrai avec des sentiments très forts qu’elle ne contrôle pas du tout. Pour toi, l’amour passionnel mène-t-il d’office à la folie ?

Je pense que l’amour passionnel mène à la folie.

J’ai discuté avec une copine la semaine passée et elle me disait avoir vécu l’amour passionnel. Maintenant, elle est dans une relation plus paisible. Elle s’y sent bien. Je me disais qu’un couple comme ça devait être cool.  Cette relation apaisée a un autre côté apaisant…

Oui mais d’un autre côté, on ne vibre pas. Dans l’amour passionnel, il y a quelque chose de vertigineux, de dangereux.  Il faut accepter ce danger-là.  Un danger tel que la mort rôde autour. Mais peut-être que oui, un amour apaisé doit être très agréable. C’est autre chose.

Si je comprends bien, tu n’es pas la recherche d’un amour apaisé ?

Je ne sais même pas si je suis là recherche de quelque chose.

Est-ce que l’amour raisonnable existe ?

Amour et raison sont-ils compatibles ?

Maintenant pour l’écriture d’un roman, c’est sûrement un peu fade l’amour raisonnable. Bien que si je prends « Mon mari » de Maud Ventura, là il est question d’amour raisonnable.

L’amour passion est plus romanesque.  Maud Venture fait de l’amour raisonnable quelque chose d’intéressant.

Dernière petite question…qu’en est-il au niveau des projets ? Tu es déjà repartie vers autre chose ? Tu prévois un livre par an ?

J’ai déjà bien avancé dans mon nouveau projet. Ecrire un livre par an, oui. Maintenant, il y a des agendas, des calendriers. Sortir tel livre à telle période, tout ça s’étudie avec la maison d’édition.  Le nouveau roman est écrit aux deux-tiers.  Je pense qu’il sera en librairie en 2023 ou tout début 2024 au plus tard.

Toujours autour des femmes ?

Oui mais pas du tout dans le même univers. Le récit se passe à la fin des années 80, dans un village de Basse-Normandie. J’ai grandi un peu par là-bas. Il s’agit de 2 femmes dans des milieux d’hommes. Une femme vétérinaire et une femme maréchal-ferrant.  Clairement on leur fait sentir qu’elles n’ont pas leur place dans leur milieu professionnel.

Tout à fait autre chose ?

Oui, quelque chose de très rural ! Le corps sera là mais pas de manière aussi fénétique. Il fait moins chaud en Normandie qu’en Italie.

Merci en tout cas pour cet entretien très agréable.

Feelgood

Le magasin des jouets cassés de Julien Rampin

Le magasin des jouets cassés est le second roman de Julien Rampin

Fais-tu partie de mes abonnés qui suivent mes avis lecture et qui se laissent influencer par mes chroniques?

Si oui, il va falloir que tu me suives une fois encore pour ce roman.

Si non, il va enfin falloir que tu me suives…

En avril est sorti aux éditions Charleston le second roman de Julien Ramin. Julien est aussi connu sous le pseudo de @labibliothequedejuju.

Il y a beaucoup de trésors dans sa bibliothèque car Juju lit un peu de tout. Il partage avec beaucoup d’humour et de bienveillance son avis livresque.

Sa plume est généreuse et spontanée. Julien est une personnalité sensible, sa plume l’est tout autant.

Le roman de Julien est sorti le 12 avril dernier aux éditions Charleston.

Pour notre plus grand plaisir, il a écrit un premier roman sorti en 2021 chez Charleston également. Depuis quelques semaines, tu peux le lire en version poche chez Le livre de poche… Ma chronique est disponible sur Instagram (clique sur le mot Instagram pour la lire).

Tu te dis bien que quand l’annonce d’un second roman a été faite, j’étais très très très motivée de lire ce deuxième bébé. Tellement motivée que je l’ai précommandé…ce que je fais très très très rarement.

Il est arrivé un jour plus tôt que prévu (j’avais l’impression d’être privilégiée)…et je l’ai lu assez rapidement.

Dans le magasin des jouets cassés, tu rencontreras Lola, Léon, Paul-Henry et Martine.

J’ai aimé cette lecture. Je ne vais pas te dire si c’était mieux ou moins bien que « Grandir un peu ». Je n’aime pas trop comparer deux romans du même auteur.

Il y aura forcément quelques similitudes .

Cependant, les histoires divergent. Les ambiances sont différentes. Les personnages également.

« Le magasin des jouets cassés » est un roman sur la vie dans un immeuble parisien. Lola fraîchement divorcée s’y installe avec son petit Léon, 6 ans.

Elle y fait rapidement la connaissance de Paul-Henry, un homme âgé qui passe son temps à partager ses lectures avec ses voisins.

Sa voisine, Martine, est nettement moins sympathique. Derrière l’oeil de boeuf de la porte de son appartement, elle épie la vie de ses voisins à défaut de vivre la sienne.

Voici le résumé de l’éditeur!

Ce que Lola ne sait pas quand elle pose ses meubles et ses cartons, c’est que son arrivée va chambouler le train train de ses deux voisins.

Progressivement, les liens qu’elle tisse lui permette de comprendre mieux certains secrets de son enfance.

Avec beaucoup de simplicité, Julien nous emmène avec lui à Paris. Il a un don certain pour poser les mots justes. Ces mots qui nous conduiront à côté de ses personnages, au coeur du récit.

De quoi te donner envie…

Ouvrir « Le magasin des jouets cassés » et en démarrer la lecture, c’est se donner l’opportunité d’être absorbé par une histoire touchante et juste.

Les personnages sont emplis d’ombres et de lumières. Les thèmes sont profondément humains.

Ce roman s’engloutit en deux temps, trois mouvements. Il te faudra cependant bien plus de temps pour l’oublier.

Crois-moi!

Qu’en penses-tu? Es-tu prêt.e à pénétrer dans le magasin des jouets cassés?

Je te propose aussi d’aller regarder le replay de l’entretien que j’ai eu avec Julien lors de la sortie de ce roman: ICI.

Fantasy·Young Adult

La maison au milieu de la mer Céruléenne de TJ Klune

Voyons voir si tu suis…

Le mercredi est le jour de quoi?

Le mercredi je te parle d’un album ou d’un roman jeunesse.

Let’s go?

Je suis ravie de pouvoir enfin te parler de ce fabuleux roman de fantasy YA.

J’ai nommé: La maison au milieu de la mer Céruléenne de TJ Klune publié en français aux éditions de Saxus. C’était il y a presque un an déjà!

Tu n’as pas encore lu ce roman fantasy YA?

Je l’ai lu à l’automne dernier. Jusqu’à aujourd’hui, je n’avais pas encore eu l’occasion de le chroniquer. Ne pense pas que c’est parce qu’il ne m’ pas plu.

Sache que ce livre fut mon coup de coeur du mois de novembre 2021. Ni plus, ni moins.

Ce roman est accessible, sensible et d’une douceur magique. L’idée de TJ Klune est belle et porteuse de valeurs comme la tolérance, le partage, l’ouverture, le respect…et j’en passe.

Les personnages sont méga attachants malgré qu’ils n’aient pas grand chose pour eux de prime abord.

Un roman doux, généreux et sensible!

« La maison au milieu de la mer céruléenne » est une maison d’enfants sur une île des bords de la mer céruléenne.

Linus Baker est inspecteur pour le Ministère de la Jeunesse Magique. Son rôle est de vérifier que les orphelinats du gouvernement accueillent les enfants dans les meilleurs conditions.

Linus est envoyé sur l’île de Marsya en mission secrète et spéciale. Sur cette île vivent 6 enfants hors du commun. Ils sont considérés dangereux.

Leurs dons sont aussi divers qu’incontrôlables par les magiciens ordinaires. Personne ne connait réellement leur existence.

Comment Linus va-t-il parvenir à remplir sa mission entre des supérieurs peu amènes à lui confier la vérité, des enfants turbulents mais tellement attachants et le directeur de la maison, Arthur Parnassus aux idées progressistes?

Voici le résumé de l’éditeur!

Si tu n’as pas encore eu l’occasion de te plonger dans ce roman qui a déjà fait beaucoup parler de lui, je t’encourage à franchir le pas.

En utilisant un univers fantastique et des personnages aux qualités extraordinaires, TJ Klune nous offre un récit doux et empreint de tolérance.

Ce récit place la perception de la différence au premier plan d’une histoire extrêmement bien construite.

L’auteur n’hésite pas à pointer les défaillances du système.

Au bout de ces presque 500 pages, que tu ne verras pas passer, tu auras toi aussi compris que si les humains créent des règles, elles peuvent être adaptées.

Nous, humains, n’oublions pas notre humanité.

Qu’en penses-tu?

Littérature·Thriller

Une nuit sans aube de Benoît d’Halluin

Sorti en mars dernier, tu dois découvrir ce roman!

Quel livre t’a dernièrement empêché de dormir une nuit complète? Tu vois de quoi je parle?

Oui oui, de ces livres que tu n’arrives pas à refermer tant tu es pris.e dans l’histoire…

« Une nuit sans aube » fait partie de cette catégorie.

Sorti en mars dernier, ce roman difficile à classer dans une catégorie précise est le premier roman de Benoît d’Halluin.

L’auteur d’un très très bon premier roman à découvrir!

Débarqué dans les rayons de nos librairies, ce premier livre a eu la chance d’être publié par une grosse maison: les éditions XO.

Il faut dire que ce directeur marketing pour une grosse boite américaine de cosmétique fait fort. Son roman aux notes de thriller est presque un documentaire (en tout cas, c’est ce qu’on lui a déjà dit).

Tu te demandes bien pourquoi cette étiquette?

Je t’explique…minute papillon!

Ce livre un documentaire? Sérieux?

Un jeune français est victime d’un accident de la route dans les Catskills, montagnes au Nord de New York.

De l’autre côté de l’océan, dans une maison à quelques kilomètres de Nantes, en France, Catherine est réveillée en pleine nuit par la sonnerie du téléphon.

Un homme, qu’elle ne connait pas, lui annonce qu’Alexis, son fils, est dans le coma dans une chambre d’hôtel new-yorkaise.

L’homme, Marc, est en route pour venir la chercher. Il a déjà réservé deux places sur le premier vol vers la grosse pomme. ..

Prise d’angoisses, Catherine suit Marc sans très bien savoir qui il est. Très rapidement, le doute s’installe…Qu’est-il arrivé à Alexis? Qui est Marc?

Le vrai résumé qui devrait te convaincre…

Ce roman est une très belle surprise. Chaque page est une particule énergétique qui forme une boule stimulante. Cette énergie s’accroit au fil des pages, elle augmente en intensité.

Le récit raconte les événements de cette fameuse nuit, de ce voyage pas comme les autres. Progressivement, entre chaque moment nocturne, l’auteur nous dévoile des flashs de la vie d’Alexis…mais aussi de Marc.

Une vie d’hommes qui aiment les hommes.

Quel plaisir d’exhumer de chapitres en chapitres leur passé afin de mieux appréhender leur présent! Peut-être que c’est là que ce roman est un documentaire… Il montre au lecteur que l’homosexualité n’empêche pas d’être des gens ordinaires.

Un documentaire? Non un livre sur la vie ordinaire…

Alors oui! Il est vrai que ce roman traite d’une histoire d’amour homosexuel sans pour autant rendre cette histoire d’amour atypique.

Ce sera peut-être une découverte pour toi…J’ose à penser que cela ne sera pas un frein à ta lecture de cet excellent premier roman!

L’amour est universel.

Lire « Une nuit sans aube », c’est se rendre compte que l’orientation sexuelle n’a rien de choquant. L’homosexualité fait partie de notre société depuis toujours.

Avant elle était honteuse et tue. Au 21ème siècle, laissons de côté nos clichés et croyances. Le meilleur moyen est de s’intéresser aux autres quels qu’ils soient.

La littérature est un très bon vecteur pour offrir une normalité à des amours qui devraient l’être depuis belle lurette!

Qu’en penses-tu? Es-tu dérangé quand les histoires d’amour traitent d’homosexualité? Peux-tu exprimer ce qui te dérange?

Ce roman est un livre grand public accessible à toute personne souhaitant passer un très bon moment de lecture.

Si tu le souhaites, tu trouveras sur Spotify un album à écouter pour accompagner ta lecture. Alejandra Pesantez a composé 16 morceaux intrumentaux.

Ils accompagneront « Une nuit sans aube » et lui donneront une dimension encore plus grande.

Prêt.e pour ta nuit blanche?

PS: Tu trouveras également une interview de l’auteur sur le blog.

Littérature·Thriller

Entretien avec Benoît d’Halluin: « Mon livre n’est pas un livre sombre. Il est plein de la lumière de la Méditerranée. Il est rempli d’espérances. » –

Souvenir d’une rencontre lumineuse!

En avril dernier, j’ai eu l’occasion de découvrir le premier roman de Benoît d’Halluin: « Une nuit sans aube » sorti le 10 mars dernier aux éditions XO.

J’avais rendez-vous dans un bel hôtel bruxellois. J’ai surpris Benoît au sortir de son petit-déjeuner et en plein jetlag! Il faut dire que l’auteur franco-canadien bosse vit depuis 2018 à New-York où il bosse.

Son premier roman avait été une belle et surprenante découverte. En découvrant son auteur, j’ai compris pourquoi. Benoit d’Halluin est une personnalité rayonnante et enthousiaste. Ce premier roman est positif et plein de valeurs qu’il défend avec énergie et simplicité…

Tu trouveras ci-dessous une restranscription de l’entretien. Ce dernier fut spontanné et agréable…

Bonne découverte…

« Une nuit sans aube » est sorti en mars dernier chez les éditions XO.

J’ai découvert ton premier roman et il était vachement bien.

 Ça t’a plu alors ?

 Oh oui, il est très très bien. Je ne m’attendais pas du tout à ce type de lecture.  J’ai été un peu influencée pour le découvrir et ce fut une bonne influence.  

C’est mon premier alors je découvre.

 Et bien franchement pour un premier roman, il y a vraiment du bon. Je ne l’ai pas dévoré, je l’ai plus lu en petits épisodes comme une série. Ce fractionnement est plus lié à moi qu’au livre. Mais j’avais vraiment envie de savoir la suite.

Il y a des gens qui disent que c’est un page Turner.  Certains m’ont dit qu’il ne devait pas s’appeler « Une nuit sans aube » mais plutôt « Une nuit sans fin » parce qu’ils l’ont lu en une nuit.  

Je confirme. Hier je réfléchissais déjà un peu à ma chronique. Je me disais « Une nuit sans aube » mais en fait pour le lecteur aussi ça pourrait être une nuit aube.

Une nuit blanche voilà !

Ok  mais alors on a pas envie que l’aube arrive.  On a envie de comprendre ce qui arrive à ce brave Alexis qui est quand même un gentil.

Personne n’est foncièrement méchant dans ce livre.

Non ça c’est clair.  Il y en a juste certains qui sont plus perturbés que d’autres.

Je pense que c’est ce que le livre dit aussi. Il y a cette phrase : « Des chemins de son enfance, nul ne guérit jamais ». Je trouvais cette idée intéressante de voir ce que les événements de l’enfance font de nous. Dans le livre, il y a Marc.  Il a été chassé par son père qui l’a mis dehors de la maison parce que sa femme l’avait quitté.  Il était désemparé. Il cherche à prendre une revanche et cetera et cetera.  Alexis, lui, il dissimule tout parce qu’il vient d’une famille où il faut toujours un peu faire illusion. Finalement c’est devenu un peu pathologique. Il n’arrive pas à dire les choses.  

Puis il a une maman qui est tellement à l’extérieur qu’elle n’arrive pas à voir ce qui se passe chez elle. Ce détail m’a marquée.

Oui, les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. C’est un peu ça ici.

Comment est-ce que Benoît d’Halluin qui vient finalement un peu de nulle part en arrive à écrire un roman ? Quel est ton parcours ?

Il y a deux trucs.  D’abord, ma personnalité.  Je suis quelqu’un qui observe beaucoup. Je ressens beaucoup de choses. Ensuite, je suis quelqu’un qui arrive bien à écrire. Souvent, je me suis rendu compte que j’arrivais à écrire, à mettre des mots sur les sentiments que les gens ressentent mais n’arrivent pas forcément à exprimer.

Par exemple, dans mon travail, je suis directeur marketing pour une grande marque de cosmétique américaine, je fais des pubs.  Il y a toujours beaucoup d’émotions. On m’appelle souvent le « story teller » (le conteur).  Les mariages s’il y a quelqu’un qui doit faire le discours, ça va toujours me tomber dessus.  Tout le monde me disait qu’il fallait que j’écrive un livre.  Moi, je voulais bien sauf que je suis assez pris dans ma vie et je n’avais pas vraiment eu le temps.

Je vivais à New York et j’ai attrapé le COVID au tout début en mars 2020.  Je l’ai attrapé salement. J’avais 41 de fièvre. J’ai dû aller à l’hôpital à Manhattan.  Là-bas, à l’époque, il faut se remettre dans la situation, il y avait deux virus.  Il y avait le coronavirus et il y avait Trump. Il disait que le virus n’existait pas, qu’il fallait avaler de l’eau de javel. Bref, c’était n’importe quoi.  Il n’y avait plus de place dans les hôpitaux.

Mes parents et mes amis m’ont dit ça suffit les conneries, tu rentres en Europe. C’est ce que j’ai fait. J’ai pris un avion sanitaire car tous les transports étaient à l’arrêt. PAF j’arrive à l’aéroport, je prends un train et j’arrive chez mes parents. Le confinement était strict. Il y avait aussi deux de mes sœurs. Je craignais d’être encore contagieux même si je ne l’étais plus. Je suis resté enfermé dans ma chambre. J’avais du temps libre comme je ne travaillais pas le matin à cause du décalage horaire parce que je commence à travailler vers 13h…

Ah oui c’était le télétravail avec New York.

Ça a commencé comme ça et ça ne s’est jamais arrêté. Ça fait 2 ans que je suis parti comme Linda de Souza avec ma valise en carton. Je n’ai pas beaucoup de vêtements. La chemise que j’ai là, c’est la même que celle qui est sur la quatrième du livre.  Du coup, j’ai eu envie de raconter ce qu’il se passait. Il y a une telle différence entre ce que j’avais vu à New York où on sort trop, on travaille trop,… Me retrouver chez mes parents avec des arbres en face des fenêtres a fait germer comme ça.

Je pense qu’on n’écrit jamais vraiment on se raconte. Il y a pas mal de points un petit peu autobiographique. L’histoire commence par un voyage en avion.  Moi, j’ai fait le voyage en sens inverse. Bien sûr, quand j’étais à l’hôpital à New York avec 41 de fièvre je me suis demandé ce qui se passerait si je mourrais et que mes parents ne pouvaient pas venir. La question était à l’ordre du jour puisqu’ils ne pouvaient pas venir et que j’étais vraiment mal.  

Voilà comment le livre a vu le jours. Je l’ai écrit assez vite. Je ne me suis jamais arrêté pour l’écrire.  Je l’ai écrit le matin.  J’ai travaillé l’après-midi.  En 2 mois et demi,  3 mois c’était fait.

 C’est donc un peu aussi « Une nuit sans aube » ?

Je ne suis pas quelqu’un du matin. Je suis comme Françoise Sagan qui dit : «  Je vois pas ce qui pourrait m’arriver de bon avant 11h du matin ».  

Donc le covid, un rapatriement sanitaire…

Et aussi ma personnalité ! Je pense qu’il y avait un terreau. Il fallait que j’écrive des choses. Je pense que j’en écrirai d’autres maintenant parce que j’ai trouvé génial d’écrire. Après j’aimerais bien que le livre marche.

 Déjà, au niveau de la maison d’édition, c’est une belle maison d’édition pour un premier roman.

 J’ai eu beaucoup de chance parce qu’en plus j’ai envoyé 8 ou 10 manuscrits, je sais plus. J’ai 3 réponses positives : XO,  Actes sud et le dernier c’était Robert Laffont.  Je voulais que ce soit un livre grand public. Je voulais que ce soit une histoire d’amour gay mais universelle pour que des gens qui ne soient pas forcément homosexuels puissent s’y retrouver. J’ai des petites mamies qui m’écrivent des messages en me disant que mon livre a changé leur regard sur les gays.  Je suis content.

Pour moi, cette ouverture positive est un des atouts du livre et c’est ce qui fait son originalité. Chez un éditeur comme XO, on peut trouver ton livre partout, dans n’importe quel magasin.  Maintenant, il y aura toujours des gens à qui ça ne va pas plaire.  

Il ne sera peut-être pas dans des librairies très chics de la rive gauche.  Je pense que dans les librairies très chics de la rive gauche, on n’a pas ce besoin d’éduquer sur l’homosexualité.

Oui…enfin voilà ils devraient peut-être un peu plus…  Le but du livre n’est certainement pas une revendication et n’a pas été écrit dans l’idée de porter le drapeau LGBT+.

 Non, non, justement pour ce livre, il y a 2 cibles.  Enfin je fais du marketing là mais bon. La première cible est le grand public. C’est pour cela qu’il y a une telle tension dans l’intrigue.  J’ai envie que le lecteur rentre dans une histoire où certes les protagonistes sont gays, il y a une histoire d’amour en eux. Pourtant à la fin, le lecteur peut se dire que leur orientation sexuelle ne change rien à l’histoire.   J’en ai fait un peu des héros ordinaires. Ce faisant, discrètement, j’ai expliqué au lecteur que la complexité de l’homosexualité : le coming out, le dating, le ghosting. Je parle un peu de l’homoparentalité à la fin.

L’autre cible est un lectorat gay. J’avais envie de dire que personnellement dans la littérature actuelle, je ne me retrouve pas.  Il y a d’un côté des romans très sombres, très noirs, très glauques, un peu comme « En finir avec Eddy Bellegueule ». C’est vraiment une chose, une revendication sociale. Je ne suis pas là pour comparer. Je ne m’identifie pas.

D’un autre côté, il y a des choses sublimes comme « Call me by your name » qui a été adapté en film. Il faut absolument le découvrir. C’est une sorte de moments suspendus où ils sont dans une villa en Ligurie. Ils sont tous beaux. C’est l’été. Le temps s’écoule lentement. Le temps s’épaissit.  On sent la chaleur de l’été sur la peau des gens.  Après, on ne sait pas trop ce qu’ils font dans la vie. On ne sait pas qui paye le loyer de la maison… Je voulais que mon roman soit terre à terre.

Oui dans « L’aube sans fin », être dans le coma n’est pas lié à l’homosexualité. N’importe qui peut se faire renverser par une voiture et se retrouver dans le coma à l’autre bout du monde, quel que soit la destination.

Exactement. Je voulais que la cible hétéro découvre la problématique gay et pour la cible gay je voulais qu’ils trouvent un livre qui les décrit de façon juste.  J’ai des retours de lecteurs qui me disent qu’« Une nuit sans aube » est le livre le plus juste qu’ils aient lu sur la question. Pour moi, c’est le plus beau commentaire que l’on puisse me faire.

Personnellement, je n’ai pas beaucoup lu sur la thématique gay. Par contre, avec mon expérience perso, j’ai retrouvé dans le roman beaucoup d’émotions et une bienveillance même au niveau familial.  Le roman parle aussi de cette malveillance qui sera toujours présente. La malveillance n’est pas liée uniquement à l’homosexualité. Il arrive d’être banni d’une famille pour un choix d’étude qui ne plait pas ou un mariage qui ne convient pas. L’homosexualité peut poser un problème moral. Pour moi, ça n’en est pas un. Les gens sont comme ils sont.  Ton livre est important pour banaliser l’homosexualité mais pas dans le sens négatif. Plutôt dans l’idée que chacun fait ce qu’il veut.

Il y a des gens qui m’ont dit qu’ils avaient l’impression de lire un documentaire sur les gays. Dans le mot documentaire, il y a un petit côté documentaire animalier…Je comprends ce qu’ils voulaient dire.

Quand on ne connaît pas, quand on n’a pas les codes, quand on ne s’intéresse pas, un roman comme le tient peut révéler un intérêt sur le sujet.

Beaucoup de gens ne savent pas.

Dans ton roman, les 2 personnages dont tu racontes le parcours ont des vécus très différents.  Alexis a un parcours beaucoup plus classique alors que Marc est décrit comme beaucoup plus olé olé. Avec lui, la vie à New York a l’air beaucoup plus décadente.  Ça doit un peu chambouler les petits mamies que tu croises en salon ?

Non, elles sont très ouvertes.

Pour ton inspiration, tu me disais qu’il y avait un part d’autobiographique. Tu as brodé autour de ton expérience ?

Je me suis plus inspiré pour les lieux ou pour les personnages rencontrés. Après, je n’ai jamais été dans le coma. Je ne me suis jamais fait renverser par une voiture. Je n’ai pas vécu tout ça.  Il est plus facile de parler d’endroits connus. J’ai un appartement à Nice.  J’y ai un petit bateau de pêche.  J’adore le sud. Je ne pourrais pas vivre sans la Méditerranée.  

Mon livre n’est pas un livre sombre. Il est plein de la lumière de la Méditerranée. Il est rempli d’espérances.  J’avais choisi le titre que j’aime bien parce que ça fait référence à la nuit. Le récit se passe pendant la nuit. Le trajet pour aller au chevet d’Alexis se déroule sur une nuit. Catherine, la mère d’Alexis, la nouvelle au cœur de la nuit.

Le coma est aussi une nuit.

« Une nuit sans aube » est également toute cette période pendant laquelle Alexis n’a pas pu dire qu’il était gay.  

Pour la couverture, j’avais proposé un homme qui plonge. Il est à la fois sous l’eau et au-dessus, comme un iceberg. J’avais dans l’idée que la partie sous eau soit la nuit. J’avais une idée lumineuse de cette couverture.  Quand j’ai eu la proposition de la couverture actuelle, elle m’a semblée plombante.

Ce choix de couverture ramène aux thrillers. Ton roman est quand même un thriller…Il y a une intrigue, du suspens, on a quand même envie de savoir.

Tout à fait ! Le livre est dans les codes du thriller mais ils ont mis roman. C’est comme ça.

Effectivement, la couverture ne correspond pas spécialement à 100% au contenu. Maintenant, ce sera sûrement plus adapté en poche?

Les retours que j’en ai, quand je vais regarder sur Babelio, les gens adorent tous leur lecture. Le commentaire qui revient souvent est que c’est un peu un truc inclassable.

Honnêtement oui.

Une dame a commenté que pour elle c’était un truc d’équilibriste parce que j’ai commencé avec un thriller, je retrouve ensuite avec une histoire de famille et puis, j’ai des chapitres qui sont juste une histoire d’amour.  Elle dit même qu’en général au milieu d’un thriller elle ne veut pas d’histoire d’amour parce que ça l’agace mais ici non ! Ca ne l’a pas dérangée du tout.

En effet, l’histoire d’amour nourrit le propos.  Elle nourrit l’intrigue aussi puisque le lecteur se fait trimballer. Très vite, on apprend très vite que ce n’était pas un accident.  

Ce qui est drôle aussi c’est que comme les flashbacks arrivent assez tôt pour nourrir un autre propos du livre : « Des chemins de son enfance on ne guérit jamais vraiment ». J’ai donc voulu les faire commencer tôt.  Du coup, les lecteurs sont en attente car ils savent que Marc et Alexis sont en couple.  Ils sont en attente de leur rencontre mais ce n’est pas pour tout de suite.

Ce choix de thriller était un choix voulu ou pas ?

Je suis quelqu’un qui n’a pas beaucoup de confiance en soi. J’ai toujours l’impression que ce que je dis n’est pas suffisamment intéressant. Je me suis dit que si je rajoutais une intrigue, les gens auraient envie de tourner les pages et j’en profiterai alors pour leur glisser des petites idées sociologiques que j’ai.

Comme je le disais, je voulais faire un livre grand public. C’était important à mes yeux.  Je suis content de faire un roman gay chez XO,  avec des scènes de sexes gay pour montrer que ce n’est plus un problème. Pour atteindre ces objectifs, il fallait aussi répondre à un genre littéraire. Je n’allais pas faire une fresque amoureuse ils se regardent dans le blanc des yeux. Si j’avais fait cela, mon roman aurait été d’office catégoriser gay, une sorte de telenovelas gay.

J’ai aussi souri à la présence récurrente des Mercedes classe E.  A chaque fois qu’il est question d’une voiture dans le livre, il s’agit de cette voiture et de ce modèle. Je me suis dit que tu devais avoir une passion pour cette voiture.  Est-ce que tu confirmes cette passion pour les Mercedes classe E ? Ou alors est-ce du placement de produit ?

C’est marrant parce que j’essaie de faire attention à l’environnement surtout que mon compagnon travaille dans ce secteur-là. J’essaie donc de ne pas conduire de grosses voitures. J’avoue cependant  un petit faible pour les décapotables. Du coup, en été, surtout sur la Côte d’Azure on sent l’air et cetera…La Mercedes classe E est une super quatre places. Il fallait bien une voiture qui conviennent à plusieurs personnages.

Dans ton roman, tous les personnages sont un peu paumés à un moment ou à un autre, les enfants comme les parents…

Je voulais montrer aussi qu’il est possible de réagir de plein de façons différentes à l’homosexualité de son fils. On peut passer complètement à côté bien que l’on soit un parent super concerné par son enfant. Cette annonce peut aussi arriver comme une nouvelle difficulté à affronter dans un schéma familial complexe. Le parent peut faire un clash et chasser son enfant sans se rendre compte de l’impact de cette décision à long terme. Ou encore, le parent peut voir cette annonce comme une bavure dans un avenir qu’il a créé pour son enfant. Le parent exige alors encore plus d’efforts et de travail pour compenser. Beaucoup de gays ont reçu comme message qu’ils devaient faire beaucoup d’études pour avoir un super boulot. Ce boulot doit leur plaire parce qu’ils n’auront rien d’autre dans la vie.

La maman d’Alexis, Catherine dit quelque chose d’important à mes yeux. Elle n’a rien contre le fait que son fils soit homosexuel mais elle exprime sa crainte que cela complique le chemin d’Alexis. En tant que maman, c’est exactement ce que je pense aussi.  Aujourd’hui, la société évolue et pourtant le parcours d’un LGBT+  est encore tellement compliqué. En Belgique, le mariage est autorisé, la PMA également, l’adoption se fait de manière égalitaire vis-à-vis des autres couples. C’est une bonne chose. Cependant, vivre sa vie est déjà un défi…et d’un autre côté ce n’est pas un choix.

En effet, Catherine le dit. Elle dit qu’elle n’aurait rien changé. Elle aime son fils tout autant. Elle ne pense pas que ce soit le chemin le plus simple vers le bonheur. Malheureusement, les études prouvent que même quand ils ont des enfants, l’accès au bonheur est compliqué pour les homosexuels.  J’évoque dans le livre cette étude du Washington post, la « Gay loneliness ». Des chercheurs ont étudié sur pas mal de pays et de générations les indicateurs sociaux des gays. Ils se sont rendu compte que ce soit en Scandinavie où les droits des homosexuels sont nombreux ou dans des pays où ils n’ont aucun droit, il reste toujours un plus haut taux d’alcoolisme et une plus forte tendance à la dépression.

 Attention, mon livre est positif. Il dit que l’amour sauve. Ils tombent amoureux et construisent leur relation.  L’un d’eux dit : « Je t’aime parce que je veux t’aimer ».

Mais parce que c’est aussi ça l’amour ! L’amour c’est universel !

Je suis complètement d’accord.  Oui mais la génération en dessous de la nôtre donne l’impression que ce que la société nous vante c’est du romantisme, avoir des papillons dans le ventre et que dès qu’il n’y en a plus, il faut se poser des questions, qu’il faut changer tout. On tombe amoureux. Après un moment, il y a un choix conscient de se dire qu’on ne sait pas où le train de la vie va nous emmener mais je veux faire le « ride » avec cette personne-là.  C’est ma vision des choses.

Le livre dit qu’effectivement il y a ce devenir gay, ces statistiques malheureusement plutôt négatives et qu’eux ils y échappent grâce à l’amour. Après pourquoi ces statistiques ?  Les études disent souvent les études c’est que les gays sont obligés de se conformer à quelque chose qui ne se sont pas pendant une longue période. A 5 ans, vous ne dites pas je suis gay.  Les études montrent que le problème ce serait que comme en fait, les homosexuels se sont trop longtemps conformés à ce qu’ils ne sont pas, même une fois qu’ils ont fait leur coming out, même si ça a été bien accepté, ils gardent une peur du rejet.  Ces personnes ont pris l’habitude de ne plus dire les choses et de ne plus être assertifs avec comme conséquence qu’ils ne savent pas trop s’affirmer.  

Il y a aussi tout ce côté, on le voit un peu aussi, où sans le vouloir comme ils n’ont pas d’enfants, ils deviennent aussi très autocentrés. Je les vois à New York. Comme ils n’ont pas d’enfants,  ils ne s’autorisent pas à vieillir. Ce qui compte, c’est leurs vacances, leur chien, leur appartement…

Je remercie Benoît pour cet échange très intéressant. Pour toi lecteur, il ne reste plus qu’à t’offrir ce très beau roman qui banalise toutes les formes d’amour et fait rentrer l’homosexualité dans la littérature pour tous.