Littérature

Entretien avec Laura Trompette: « Pour moi c’est important de respecter la part de lumière et d’ombre de chacun. »

A la fin de notre première partie de printemps, le dernier jour avant la dernière offensive de l’hiver, j’ai eu la chance de croiser la route d’une autrice française qui écrit avec ses tripes et partage avec ses lecteurs ses convictions les plus profondes…

J’ai donc croisé la vie de Laura Trompette un lundi après-midi ensoleillé dans un hôtel bruxellois plein de charme. Endroit que je ne connaissais pas, havre de paix en plein cœur d’un des quartiers les plus fréquentés de la capitale.

J’étais un peu impressionnée et stressé par cette grande première car oui, avant cette rencontre, j’étais forte de mes nombreux live interview sur #bookstagram mais je n’avais jamais fait d’interview en face to face…

Une très belle première expérience qui m’a comblée…et finalement, tu sais quoi…ce n’était pas une interview, c’était une réelle rencontre entre deux femmes. La première qui écrit et la seconde qui s’émerveille à chaque fois un peu plus de la force de ceux qui écrivent, de leurs motivations et de leurs parcours.

Huit battements d’ailes est déjà dans les rayons de vos librairies.

Tu le sais surement, si tu as lu ma chronique sur « La révérence de l’éléphant » sur Insta et sur « Huit battements d’ailes » ici même sur ce blog, que je n’étais pas spécialement pressée de découvrir le dernier roman de Laura sorti en mars aux éditions Charleston…

En effet, « La révérence de l’éléphant » avait été une bonne lecture sans plus et du coup, je me disais que ce dernier roman n’était pas une priorité…Les petites surprises de la vie ont fait que je l’ai dévoré en un week-end et que ce fut un coup de cœur.

Avec ma franchise habituelle et après les présentations, j’ai donc démarré l’entretien en expliquant ce ressenti… Toujours ce besoin de me justifier ! J’avais pourtant préparé de manière très scolaire (vieux réflexe d’instit) mes petites questions…

Et j’ai commencé par dire ça…

J’ai lu votre roman précédent et ça n’a pas été le coup de cœur. J’avais entendu autour de moi sur les réseaux beaucoup de coup de cœur et tout ça… Pour moi ça n’avait pas été le cas. J’avais ressenti une distance au niveau des émotions et des sentiments.  C’est un élément important pour moi.

Alors là, c’est vraiment une question de ressenti. Pour moi, il n’y a pas de distance. Chacun appréhende les choses à sa manière. Il y a des gens qui ont pleuré et qui ont été bouleversé.

Mais bien sûr parce que je l’ai lu en lecture commune et on avait toutes un ressenti différent. Donc comme quoi je pense que ça dépend aussi du moment de lecture, de son état d’esprit. Enfin de plein de choses.

Entre ce que nous, auteurs, nous mettons dans un livre et la façon dont c’est reçu, parfois c’est reçu d’une manière très différente de l’intention qu’on a mise.  Dans « La référence de l’éléphant », je voulais laisser la place à l’émotion du lecteur et de la lectrice.  Je ne voulais pas tout lui donner. Il fallait qu’il fasse sa part du travail et qu’il puisse accompagner Marguerite dans son voyage.

En revanche ça, c’était super juste ! Du moins pour moi… Quelques mois avant ma lecture, ma maman avait accompagné son papa en fin de vie en maison de repos (EPAD en France). Le chemin de mon grand-père a vraiment été très douloureux et très compliqué.  Du coup, j’ai vraiment apprécié tout cet aspect du livre qui va vers un retour à l’humanité. C’était très beau et très fort, ce parallèle entre l’éléphant et Marguerite.

Chacun a son monde qui rétrécit en fait. C’est un parallèle entre le monde des éléphants qui rétrécit en Afrique et puis le monde de Marguerite qui rétrécit dans son EPAD

J’en étais restée sur ces ressentis et puis j’ai découvert ce week-end « Huit battements d’ailes » et là, j’avoue, je me suis pris un peu une claque.

Merci.

Je suppose que l’on doit beaucoup vous parler du personnage de Judy ?

Pas tant que ça aujourd’hui. C’est marrant parce que tout le monde me dit « On doit beaucoup vous parler de tel ou tel personnage » mais en fait il y a des questions que l’on pense que l’on me pose beaucoup…alors que pas du tout.  Paloma avant vous m’a par exemple demandé « On doit beaucoup vous demander quel est votre personnage préféré » … J’ai répondu non, on ne m’a pas encore posé la question.

Je trouvais le personnage de Judy hyper intéressant.

Les lecteurs et des lectrices m’ont beaucoup parlé de Judy. Là je parle plus des journalistes.

Là, moi je suis plutôt lectrice. Je suis institutrice de formation. Mon métier n’est pas du tout le journalisme. Pour en revenir à Judy, je la trouvais hyper intéressante parce que justement elle ne démord pas de ses principes. Son personnage représente la femme forte, carriériste qui suis ses convictions quoi qu’il en coute. Pour moi, c’est elle qui boucle le lien entre les huit personnages féminins.

Judy c’est un peu l’anti-héroïne. En même temps, comme je dis toujours, je n’aime pas avoir un traitement manichéen dans mes livres. Pour moi c’est important de respecter la part de lumière et d’ombre de chacun.  En général, il y a toujours un peu des 2 même si le dosage n’est pas le même partout. Judy est un personnage qui vient servir le propos mais d’une autre manière, en étant justement aux antipodes de quelqu’un comme Magali ou aux antipodes de quelqu’un comme Raphaela.  C’est important aussi de la faire exister parce qu’à travers son existence dans le roman, elle porte un autre pan du propos.

Je vous suis déjà depuis un petit temps sur Instagram où on voit surtout vos activités d’autrice, de romancière, les sorties de vos romans.  Hier en préparant l’interview, j’ai effectué quelques recherches sur internet et je suis tombée sur votre page Wikipédia. Là, je me suis rendu compte que Laura Trompette n’était pas juste quelqu’un qui écrit des livres… Alors qui est Laura Trompette ?

J’ai commencé à écrire quand j’avais 8 ans.  J’ai toujours voulu faire ça.  Je suis passé par des tas d’autres choses avant.  J’ai gagné un concours d’écriture lancé par Patrick Poivre d’Arvor quand j’avais 21 ans. Ce concours a été vraiment le moment de bascule où je me suis dit que j’avais peut-être le droit d’écrire.  J’ai arrêté des études de droit et de langues. Ensuite, j’ai fait pas mal de choses différentes parce qu’écrire chez soi c’est une chose. Oser présenter un livre à un éditeur, c’en est une autre. Rencontrer le bon éditeur, au bon moment, quand on est prêt, quand l’éditeur est prêt à accueillir ce qu’on a c’est encore différent.  J’ai écrit avant le premier livre qui a été publié.  Il y a des choses que je n’ai pas assumées à une certaine époque. Finalement, j’ai été journaliste. J’ai été attachée de presse.  J’ai cofondé un site internet. J’ai fait des chroniques à la radio de bouquins. J’ai fait plein de trucs différents.  Aujourd’hui, je ne fais qu’écrire. Je n’écris pas que des romans. J’ai écrit pour un jeu vidéo qui s’appelle PCI agent qui est très chouette.  J’ai écrit et j’ai travaillé sur plusieurs séries mais malheureusement c’est un domaine on ne peut pas dévoiler les choses à l’avance. Je ne peux absolument pas en parler mais je travaille sur plusieurs séries.  C’est aussi pour ça que là, je ne suis pas dans une nouvelle entreprise d’écriture. Je suis essentiellement écriture. L’écriture me définit un peu en tant qu’être humain.  C’est mon activité.

Lorsque l’écriture s’est imposée à 8 ans, est-ce à la suite d’une prise de conscience ? D’un événement ?

Je n’ai pas eu une enfance malheureuse dans le sens où en famille, avec mes parents et ma sœur tout allait bien. Cependant, j’ai eu une enfance très compliquée à l’école. J’ai été victime de harcèlement scolaire très tôt en primaire et c’était assez violent. Il y a eu des coups. Il y avait une mise à l’écart et ça a duré pendant une partie de mon adolescence. Je me souviens de choses de façon très précise. J’ai une mémoire un peu particulière et je raconte toujours cette même histoire de moi qui est dans un bus. On est en pleine sortie scolaire. A cette époque-là, j’élevais des vers de terre dans ma chambre.  Mes passions ne sont pas celles des autres. Il n’y a personne à côté de moi dans ce bus.  Je me suis mise à écrire sur une pochette cartonnée qui a été distribuée pour la sortie scolaire.  Au départ, j’ai aussi essayé de dessiner au départ.  Mais je n’avais aucun talent pour le dessin mais alors vraiment aucun ! L’écriture a débuté comme ça. C’est devenu vraiment une activité régulière à 11 ans.  J’écrivais de façon quasi quotidienne.  J’écrivais en classe.  Je me faisais virer parce que j’écrivais en classe.  Enfin ça c’était surtout en seconde bien après. J’ai le souvenir d’une prof d’espagnol qui m’a chopé le poème que j’étais en train d’écrire. Très probablement encore un sonnet en alexandrins parce que j’étais passionnée par ça à cet âge-là. Elle m’a déchiré tout le truc.  Ça a été un petit combat entre elle et moi qui s’est soldé par 2h de colle.

Deux heures de colle avec un travail à la clé ou bien en écriture libre ?

La prof m’a bien mise les deux heures de colle et en fait, ma prof de français qui est devenue une amie et qui est toujours dans ma vie aujourd’hui m’a sauvée de ces 2 heures de colle.

Quand je regarde un peu votre biographie, je vois une certaine évolution dans l’écriture ou en tout cas dans le style et le message transmis.  

Je ne sais pas si c’est une évolution.  Bien sûr, il y a une évolution dans mon écriture et  fort heureusement. L’écriture est aussi une discipline, un travail, une gymnastique. Souvent quand les gens me demandent comment on fait pour écrire un roman, je leur dit : « On écrit, on travaille, on joue avec les mots ».  Il y a aussi eu chez moi une volonté d’exploration, un besoin d’exploration même. Le roman que j’ai publié à 28 ans, je l’avais dans le ventre depuis mes 18-20 ans. Il n’avait pas cette forme exacte.  J’avais besoin de donner la parole à 2 femmes sur un plan sexuel. C’était important pour moi que 2 femmes puissent s’exprimer librement, crûment, sexuellement. C’est pour ça que j’ai fait le choix d’écrire mon premier roman « Ladies’ Taste ». Il a été catégorisé romance érotique ou je ne sais quoi.

C’était l’époque aussi de « 50 nuances de Grey » et autre…

Oui mais pour moi ce n’était pas ça.  Non ! Ce n’était pas le sujet. Mon roman a été associé à cette mouvance. Bien sûr que c’est un livre qui porte dans son sein beaucoup de légèreté et qui est un divertissement. Pour autant, ce qu’il y avait derrière, chez moi, c’était une manière aussi de donner la parole sexuelle et crue à des femmes. C’était à dessein, je voulais ça. D’ailleurs, dans des interviews, il m’a été demandé comment on assumait d’écrire aussi crûment sur le sexe quand on est une femme.  Ce n’était pas de la provocation. Je voulais montrer que c’était possible point, c’est fait.

Après cette série de romans, il y a eu « C’est toi le chat » qui est dans un genre différent appelé feel good. Moi je ne sais pas, les catégorisations m’exaspèrent. Ce n’est pas mon truc. Je ne range pas les trucs dans des rayons. Il y a des gens qui font ça très bien.  J’écris parce que j’ai quelque chose à dire ou parce que j’ai envie d’explorer un terrain. J’avais très envie de donner la voix à un chat depuis longtemps.

Dans la série « Ladies’ Taste », il y a une des 2 héroïnes, Crystal, qui a un chat et en écrivant des scènes avec ce chat, je me suis dit que j’irai plus loin un jour.  J’allais faire d’un chat, un narrateur. C’est comme ça qu’est né « C’est toi le chat ». Ce roman aborde aussi la vie d’une petite fille qui subit un harcèlement scolaire assez dense. Cette petite fille n’est pas tout à fait comme les autres intellectuellement. C’est un autre sujet très important pour moi.

Ensuite, j’ai eu envie, enfin je fais des bons hein, je ne vous les cite pas tous !

Ensuite, j’ai eu envie de parler de la dualité de l’être humain et du fait qu’on ne connaissait pas toujours exactement le pile et le face de la personne avec laquelle on vit. De cette idée et de cette volonté de parler de la dualité de l’être humain est né « Asphyxie » qui se trouve être un thriller psychologique.  Pourquoi ? Je ne sais pas.  Je ne me suis jamais réveillée un matin en me disant je vais écrire un thriller.  J’ai écrit un thriller car les émotions que j’avais à véhiculer à ce moment-là ont pris la forme d’« Asphyxie ». On y est à la fois plongé dans la vie d’un couple, dans la tête d’un tueur en série et dans la tête d’une enquêtrice à la brigade criminelle de Paris. Mes émotions se sont exprimées comme ça.

Il est vrai que je fais partie des auteurs qui ont fait vraiment des bonds dans les genres. Aujourd’hui, j’aspire à écrire de la littérature. Quelque part, ce n’est pas un hasard.  Il y a toute cette palette qui est en moi et qui a eu besoin de s’exprimer.  J’ai toujours dit, par exemple, que je n’écrirai jamais de roman historique. Qui sait ?  

Dans tout ce que vous venez de dire, je comprends à présent que vous n’êtes pas attachée à un style ou un genre. Peut-on dire que vous écrivez pour mettre en avant et dénoncer un ou plusieurs de vos valeurs qui sont bafouées par la société, un groupe de personnes ou même un individu ?

Oui, oui, bien sûr !  C’est un mélange de choses.  Premièrement, comme dit précédemment, je suis une éponge. Je bois le monde d’une façon très particulière.  Il y a souvent un trop plein en moi. C’est très compliqué à gérer. Il faut que ça sorte et le moyen d’expression est l’écriture.  

Ensuite je suis quelqu’un qui a un naturel assez révolté. Il y a des choses que j’ai envie de combattre ou à l’inverse de défendre. C’est très présent en moi aussi. Il faut que ça s’exprime notamment sur la cause animale qui me tient énormément à cœur. Le roman est un fabuleux vecteur pour faire ça.

Finalement, il y a ces rencontres, ces émotions que j’ai en moi, ces paysages et tout ce qui peut construire une histoire qui arrivent autour de tout ça et qui l’enrobe et qui fait un roman.

Lors de mes recherches, j’ai écouté une petite capsule sur Youtube où le journaliste faisait allusion à la présence du digital dans vos livres. Il est vrai que dans vos deux derniers romans, le digital et les réseaux sociaux sont présents. Qu’en pensez-vous ?  Vous définissez vous comme quelqu’un de digital ?

C’est une question très compliquée. J’ai longtemps signé « Digital Girl » parce que dans toutes mes casquettes, j’ai dirigé les raisons de certaines personnalités. Aujourd’hui, je vais être honnête, ça me dépasse un peu. Ça va loin. Les réseaux sociaux sont un formidable outil de communication quand ils sont utilisés à bon escient et qu’ils permettent de créer des mouvements. Ils permettent de faire se rencontrer des gens. Dans ce contexte, ils sont un formidable outil. A côté de cela, je pense aussi que quand je croise les gens qui sont le nez sur leur téléphone et qu’ils ne se regardent plus, ça va trop loin.

D’ailleurs j’avais été frappé pendant le confinement quand j’allais promener mon chien en ce moment où j’avais donc le droit de sortir. Quand j’allais promener mon chien, je me disais que c’était incroyable car c’était la première fois que les gens se regardaient. Je m’explique, personne dans la rue n’était sur son téléphone.  Les gens se regardaient, ils se souriaient. En plus, au départ, on n’avait pas les masques dehors.  Il y avait dans les échanges de regards un surplus d’humanité qu’on avait un peu perdu. On l’a d’ailleurs complètement reperdu depuis.

Je pense que nous sommes un peu trop esclaves des réseaux sociaux.  En même temps, ce serait hypocrite de ma part de les critiquer puisque je m’en sers et que j’en ai besoin dans mon métier pour communiquer avec les gens.  C’est très important. J’ai mes limites là-dedans. Cela dépend de ce que l’on en fait.

« Huit battements d’ailes » est un pan de vie durant le confinement. Je suppose que ce confinement a dû être très dur à vivre pour devoir le coucher sur papier. Était-ce une soupape pour vous de faire vivre à différents personnages ce moment éprouvant ?

 Je sais qu’il y a des écrivains, et je ne les critiques pas, qui on choisit de se raconter pendant le confinement en live, de raconter leur propre confinement. Jamais je n’aurais fait ça.  C’est mon choix. Je respecte le leur. J’avais plutôt envie d’explorer de manière non pas universelle parce que j’ai 8 personnages et que ces 8 personnages ne sont que ce qu’ils sont. Mais j’avais envie d’aller ouvrir des fenêtres, d’aller regarder comment ça se passait ailleurs. J’avais une certitude : ce même événement, qui impactait la moitié de la planète au fil des semaines de la même manière avec cette décision de confiner dans les différents pays, n’allait pas du tout avoir le même impact selon où on était, qui on était, comment on était considéré, avec qui on vivait et cetera.

Mon obsession n’était pas de raconter ce que moi j’avais pu ressentir mais plutôt d’explorer ces différences.  Un même événement ne sera pas du tout vécu de la même manière. Dans ce livre, il y a la parole aux victimes. Il y a la parole aux personnes qui se trouvent sur le chemin des victimes et qui tentent d’aider, qui sont impuissantes. Il y a la parole aux personnes peuvent exprimer à ce moment-là un courage incroyable. Ce livre était une manière de leur donner à toute une voix et certainement de mettre ma propre voix là-dedans par rapport à mon propre confinement.  Ça n’a jamais été mon propos.

Je ne voyais pas votre livre comme cela. Je le voyais plus comme l’exutoire en gardant sa réserve et distance nécessaire.

Une distance qui ne veut pas dire que j’ai de la distance avec mes personnages. Dieu sait que j’ai fait corps avec chacune et plus avec certaines comme Kirsten. Elles m’ont grignotée de l’intérieur. C’est évident là. Mais oui c’était une manière de parler de ce qu’on a tous vécu.

En refermant le livre, j’avais le sentiment que chaque personnage était à un moment ou à un autre dépendant de ce système créé par les Hommes, jusqu’à même en être parfois victime. Magali, par exemple, qui se pose beaucoup de questions avant d’agir et qui craint de perdre son emploi par exemple.  

Je ne l’ai vu comme ça moi Magali. Le personnage d’Etienne (le patron) n’est pas un mauvais bougre. Pas du tout. Au contraire, c’est quelqu’un qui a tendu la main à Magali dans un métier d’homme. Il se trouve confronté à une décision importante que je ne peux évidemment pas spoiler.  

Je n’ai pas voulu montrer sa défaillance à lui mais bien son courage à elle à ce moment-là. Elle s’autorise à se sentir pousser des ailes alors qu’elle a une personnalité plutôt réservée. Elle se sent pousser des ailes et elle se dit que ce qu’elle est en train de défendre est plus grand que ce lien de subordination avec ce patron.  Patron, qui par ailleurs, est plutôt bienveillant.

Je n’ai pas du tout ressenti Etienne comme un prédateur. J’ai plus eu l’impression que Magali devait se battre et n’avait pas le droit à l’erreur. La décision qu’elle a prise d’aider une autre personne était pour elle un dilemme et un risque de perdre un emploi dans lequel elle s’épanouissait. Quand j’y repense, j’ai eu ce sentiment pour chaque personnage. Toutes à un moment ou un autre, elles ont été a été victime du système. Chacune a poursuivi son chemin en mettant parfois de côté au plus profond d’elles-mêmes ce qu’elles ont vécu.

Bien sûr et c’était le but. J’ai réagi un peu fortement en vous disant qu’elles ne sont pas toutes victimes d’un homme ou elles n’ont pas toutes des problèmes avec l’homme. Je cite des montagnes choses.  A travers ces 8 femmes, il y a une palette d’évènements, une palette de sentiments, une palette de ressentis…

Pour moi, c’est très important de ne pas diviser.  Je ne me mettrai jamais contre l’homme. Je me positionne bien sûr contre les prédateurs. Je souhaite que les punitions soient bien plus graves. Il faudrait que plus jamais ce ne soit possible qu’un homme qui a violenté sa femme et qui finit en prison en sorte 3 mois après pour aller tuer sa femme.  Là est évidemment mon propos.

En revanche je trouve que nous avons plus intérêt entre femmes et entre hommes et femmes à ne pas se montrer du doigt mais plutôt à se serrer les coudes. Nous sommes tous des êtres humains. Ce n’est que dans cette humanité qu’on trouvera les clés.  Je ne veux pas écrire un pamphlet contre les hommes.  Je n’ai pas écrit un pamphlet contre la police non plus. Je pointe du doigt des comportements qui me semblent soit abusifs, soit complètement destructeurs.  

Pourrait-on dire que vos livres ont une connotation féministe ?

Je ne sais pas si on était dans une revendication féministe dans mes premiers livres (Ladies’Taste). On était dans la parole à la femme sur un sujet. Pour mes personnages et pour moi, j’ai beaucoup entendu encore une fois en interview : « Mais comment on peut parler aussi crûment de sexe ? ». Et pourquoi pas ?  Les journalistes auraient-ils osé poser la même question avec écrivain ?

On ne parle même plus de féminisme alors ? On parle plutôt de combattre le patriarcat et cette idée de main mise sur les femmes ?

Je ne combats pas l’homme.  Je ne rêve pas d’une société matriarcale comme chez les éléphants. Je pense que le chemin à faire est encore très long sur bien des sujets. A mon petit niveau, insignifiant, d’écrivaine, j’essaye de faire passer des messages sur les sujets qui me sont chers. J’apprends moi aussi des choses en écrivant.  Je réfléchis.

Une toute petite dernière question justement par rapport au personnage animal. Est-ce facile pour vous de décrire les émotions d’un animal ?

 Je ne sais pas si c’est facile d’écrire les émotions d’un animal. C’est en tout cas un exercice que j’aime faire ou que je m’impose. Evidemment c’était moins facile de rentrer dans la tête d’une ourse que d’un chat ou d’un chien.  C’est très important pour moi parce que ça ne compte pas moins que les émotions d’un être humain.  J’ai très peu parlé du personnage animalier sur mes réseaux sociaux parce que je voulais laisser aux lecteurs et aux lectrices la surprise. J’avais envie que le lecteur puisse découvrir ça et que ce ne soit pas dit. D’où mon silence à ce propos sur mes réseaux sociaux. La découverte pour le lecteur en sera plus grande.

Merci beaucoup Laura pour cette interview et mes questions parfois un peu franches.

J’espère que vous avez tout.

Oui oui j’ai de la matière. Il n’y a pas de souci. J’ai encore des questions mais j’en ai toujours 3 000 000 !