Feelgood·Littérature·Littérature française

Une vraie mère…ou presque de Didier van Cauwelaert

Le dernier roman de Didier van Cauwelaert est sorti fin avril chez Albin Michel

Les livres sont des rendez-vous.

L’acte de lire permet de s’imprégner de la plume et de l’univers d’un auteur.

Chaque année ou presque, nous fixons rendez-vous avec les parents de nos livres chéris.

Nous retounons pour quelques centaines de pages leur faire un petit coucou.

J’ai tort?

Certaines livres éveillent en nous des souvenirs plus lointain. Des moments différents de ceux du jour. Ils vont vibrer notre âme et nous rapprochent de cel.ui.le que nous étions alors.

Didier van Cauwelaert a des origines belges. Son père est né en Belgique en 1914.

Didier van Cauwelaert fait partie de cette famille d’auteurs.

Quelle famille?

La famille de nos compagnons de route, il y a 10, 20 ou 30 ans.

Cela faisait un petit moment que nous ne nous étions pas retrouvés sous ma couette à la lueur de ma lampe de chevet.

Non, non…ce n’est pas ce que tu crois. Pour qui me prends-tu?

Un peu comme Harry & Sally, nous nous retrouvons un peu au hasard des publications, de mes envies, des services presse…

Après « L’apparition », »L’éducation d’une fée », « Jules » ou encore « J’ai perdu Albert »…j’ai eu la chance de lire « Une vraie mère…ou presque« , son dernier roman sorti fin avril chez Albin Michel.

Il est toujours en librairie, fonce le chercher si tu n’as pas encore découvert l’univers de cet écrivain.

Il est toujours disponible en librairie bien entendu!

L’essayer c’est l’adopter…en tout cas dans mon cas. Zéro déception.

Bon ok, je n’ai pas encore lu toute sa bibliographie. Et alors?

Me plonger dans « Une vraie mère…ou presque » fut une sorte de retour au source.

Oui. Véritablement.

L’écriture de Didier van Cauwelaert est marquante. Un style agréable, empli de vie, d’une touche de fantaisie, d’un peu de spiritualité, pleine d’émotions contenues et calfeutrées derrière un humour au teinte pince sans rire.

Certains y trouveront éventuellement un petit côté intello…

Perso, je kiffe!

Tu as vu cette couverture?

Déjà, au premier coup d’oeil, je suis tombée en amour avec cette couverture. Cette amie en pleine orgie festive est vraiment trop trop drôle. Elle illustre à merveille le contenu du livre…assez décalé…j’avais oublié de le mentionner plus haut.

Pierre, écrivain, utilise la voiture de sa mère décédée dans des circonstances funestes trois mois plus tôt. L’administration n’ayant visiblement pas encore mis ses fichiers à jour, il reçoit lors de ses visites à Nice de nombreuses contraventions.

Comment est-ce possible?

Disons que Pierre a l’habitude lors de ses séjours dans la ville niçoise d’emprunter la Renault Fuego maternelle. Il se laisse aller dans les tunnels profitant de cette aubaine de ne pas perdre de points.

Il paie la note à chaque fois, sans rechigner jusqu’au jour où Simone Pijkswaert est convoquée pour un stage de conduite. Elle a en effet perdu tous les points de son permis.

Pour éviter d’être démasqué, Pierre engage alors Lucie Castagnol. Comédienne à la retraite, elle accepte d’endosser à la perfection (ou presque) ce rôle.

Le résumé de l’éditeur.

Ce roman n’est pas une autobiographie à proprement parler. Il est cependant fortement influencé par la vie de l’auteur. Didier van Cauwelaert a également perdu sa maman, utilisé sa voiture et dépassé les limites de vitesse.

Je te conseille cette lecture. J’ai passé un savoureux moment.

Didier van Cauwelaert laisse sa créativité s’envoler et part dans une comédie déjantée et drôle.

Ce livre est une très belle manière de rendre hommage à sa mère.

Avec beaucoup de dérision, il exploite la fibre de l’amour d’un fils voue à sa mère. Amour bien souvent plus étouffant et proche que celui vécu avec le père.

Dans le cadre de cette lecture, j’ai eu la chance d’avoir un tête à tête avec l’auteur. Un superbe entretien hyper enrichissant et plaisant à découvrir sur le blog.

Le lien est ICI … je l’ajoute très vite!

Qu’en penses-tu?

Littérature

Les frénétiques d’Adeline Fleury

Ecris lors du premier confinement, « Les frénétiques » parle d’évasion et de vacances.

Sens-tu la température augmenter ces derniers jours?

L’été arrive un peu avant la date annoncée…. Une petite odeur de crème solaire flotte dans l’air. Un avant goût de vacances.

Je ne sais pas toi mais je compte fermement sur l’été pour s’installer à long terme sous nos cieux. Je lui suggère de rester avec nous jusqu’à l’automne (et plus si affinité…tant qu’à subir le réchauffement climatique…bon ok je me tais).

En été, tout me semble plus léger. L’air du matin. Le petit vent remuant les feuilles des arbres. Les chants des oiseaux. Les apéros. Les bbqs avec les amis. Les petites robes. Les lectures.

Aaaahhhhh…l’été…l’évasion…

Nous, gens du Nord, aimons foncer vers le Sud.

Descendre dans le Sud pour un Nordiste est la garantie de chaleur, de farniente, de dépaysement…

« Les frénétiques » d’Adeline Fleury est sorti au printemps dernier aux éditions Julliard.

Cet été, je te propose un roman qui à lui tout seul va te rechauffer le corps et l’esprit: Les frénétiques d’Adeline Fleury publié par Julliard au printemps dernier.

Que tu sois sous le soleil des Tropiques ou sous le ciel belge, ce roman va faire monter la température…

Ne te méprend pas, il ne s’agit de rien de hot, ni d’érotique. Tout se joue dans l’ambiance et le cescendo de l’écriture d’Adeline Fleury.

Quitter Bruxelles…euh Paris est le programme estival d’Ada. Accompagnée de son fils, Nino, ils embarquent sur un ferry à Naples.

Direction?

L’île d’Ischia au large de la ville.

J’ai fait une recherche Google et maintenant je rêve de pouvoir y aller un jour.

Ischia est idylique. Ada aime y passer ses étés, loin de l’agitation et du bruit de la capitale française.

Loin de sa vie de femme active et overbookée.

Loin de ces derniers mois où lassée de tout, elle a vécu telle une novice entrée dans un couvent.

Ada a mis volontairement sa sensualité et son corps au repos par choix, par lassitude.

Ce corps voluptueux est encore en plein hiver quand elle met le pied sur ce bateau qui l’emmène vers cet ailleurs.

En voyant le port de Naples s’éloigner, Ada remarque une jeune femme rousse et attirante.

Eva est troublante et délicieusement irrésistible. Contre toute attente, Ada est inéluctablement attirée par Eva.

Résumé de l’éditeur

A travers « Les frénétiques », Adeline Fleury aborde l’attirance. Celle qui nous tombe dessus au moment le moins opportun.

D’autant plus quand cette envie est dirigée vers une personne du même sexe.

Une attirance inédite.

Une attirance qui questionne.

…Que m’arrive-t-il?…

Attirance que l’on choisit de suivre…

…Ou à laquelle on résiste.

Avec beaucoup de finesse et une plume choisie, l’autrice fait, au fil des pages, monter la pression. La température augmente.

Le Vésuve se réveille sur le continent…

« Les Frénétiques » n’est pas un simple roman d’amour. Ce roman va, toi aussi, te mettre sous tension, t’enrober, te saisir, te révolter, te chambouler, te résister, t’épuiser.

La chaleur et les tensions vont t’accabler. Les mots choisis vont te perturber puis t’embarquer. Tu vas vouloir savoir. Tu vas vouloir comprendre.

Si Eva a visiblement jeté un charme à Ada, il est plus que probable que « Les frénétiques » agissent de la sorte pour toi. Le risque est grand que tu ne puisses lâcher ce roman qu’après en avoir lu la dernière ligne.

Cette lecture m’a chamboulée. Elle m’a, par moment, laissée perplexe. Au sortir de ma lecture, je ne savais si je l’avais aimé ou pas.

La plume de l’autrice est peut-être un peu trop ciselée pour la lectrice avide que je suis.

Plusieurs semaines plus tard, je suis réellement ravie d’avoir eu l’occassion de lire « Les Frénétiques », une lecture originale et emplie de féminitude.

Si tu veux aller plus loin dans la découverte de ce roman, l’entretien avec l’autrice est disponible sur le blog ICI .

Bonne lecture!

Historique·Littérature·roadtrip

America[s] de Ludovic Manchette et Christian Niemiec

Quand un livre te plait, es-tu du genre à lire tous les livres de l’auteur dans la foulée? Cette frénésie m’arrive de temps à autre, même si j’intercale souvent d’autres lectures entre pour ne pas me lasser et pour ne pas être trop imprégnée par l’histoire précédente.

La dernière fois, je me suis plongée dans le deuxième opus de Ludovic Manchette et Christian Niemiec: America[s]. Ce deuxième roman sorti en mars 2022 aux éditions Le cherche midi n’est pas une suite d’Alabama 1963.

America[s] est le deuxième roman du duo Manchette et Niemiec.

Le duo aux quatre mains et aux idées plein la tête nous embarque cette fois toujours dans l’Amérique du temps d’avant. Après l’Alabama en 1963, nous remontons le temps et arrivons en 1973.

Dix ans d’écarts entre les deux livres…encore quelques similitudes mais aussi déjà des diffiérences.

Nous voilà partis à la rencontre d’Amy. Pas tout à fait 13 ans. Amy vit à Philadelphie avec ses parents qui la délaissent. Sur un coup de tête, elle décidé de fuguer et de partir rejoindre sa soeur à Los Angeles.

Le roman édité par le Cherche midi est en librairie depuis le mois de mars.

Comment?

En stop, pardi! Amy a tout prévu. Elle sait que sa soeur est dans le célèbre manoir Playboy sur la côte ouest. Elle a quitté la maison de ses parents également pour réaliser son rêve, devenir playmate.

Philadelphie – LA…une sacrée trotte quand on y pense. Surtout à même pas 13 ans et avec seulement quelques dollars en poche.

Ce road trip nous décrit l’Amérique des années 70. L’Amérique et ses contradictions. L’Amérique où l’on poursuit encore les Afro-Américains ou les Hippies…mais où une enfant peut voyager sans entrave…

America[s] est un roadtrip mettant en scène Amy à peine sortie de l’enfance.

Entre liberté et puritanisme, le voyage d’Amy est bousculé par ses nombreuses rencontres. La jeune fille est à la fois naïve, innocente et forte. Son inncocente nous montre les failles de l’éducation de l’époque.

Le récit est teinté de multiples références historiques (la guerre du Vietnam, le Watergate), littéraires (L’Attrape-Coeurs), cinématographiques (Le magicien d’Oz) ou musicales (les débuts de Bruce Springsteen).

J’ai passé un très bon moment de lecture. Le sujet est surprenant pour nous. Une gamine qui fugue sans encombre, c’est quand même bizarre pour nous, parents du XXIème siècle.

Résumé de l’éditeur.

Comment est-ce possible qu’une enfant si jeune puisse traverser l’Amérique d’Est en Ouest? De nos jours, ce serait impossible. Nous, parents hyper protecteurs, harcèlerions nos ados de sms, nous contacterions la police très très rapidement.

A nos yeux, ce serait impossible…Oui surement…et encore, il ne faut jamais dire jamais.

L’intrigue tient la route. Les rencontres sont très très softs. Amy a quand même de la chance. Ce roman est plus un roman d’apprentissage qu’un livre d’action.

Ma lecture a été bercée par toutes les rencontres d’Amy. Chaque personne croisée sur son parcours l’éloigne un peu plus de son enfance et d’un monde où elle existe à peine.

Peu à peu, elle découvre les différentes facettes de son pays. La liberté mais aussi la contrainte. La bonté et l’horreur des esprits les plus pervers.

Je ne suis pas une grande adepte des roadtrips. J’ai néanmoins apprécié la lecture d’America[s]. Il se lit vite et bien. Un roman à lire en cas de besoin d’évasion ou si tu es fan de l’Amérique des années 70…

C’est dingue comme le monde a changé en 50 ans!

Je te donne rendez-vous le 8 juin en live sur Instagram pour une interview avec les auteurs. Le live sera ensuite posté en replay. Tu pourras donc le regarder à volonté et sans modération.

Entretien·Littérature

Adeline Fleury: Amour et raison sont-ils compatibles ?

Les Frénétiques est sorti en mars dernier chez Julliard

Bonjour Adeline!.

Je suis ravie de te rencontrer aujourd’hui et d’avoir pu découvrir ton dernier livre : Les frénétiques sorti aux éditions Jullliard. Je suis une femme née dans les années 70 et ton livre m’a percutée de plein fouet. Je n’étais pas prête.

De moi-même, je n’aurais pas été vers « Les frénétiques » spontanément et finalement à la suite d’une proposition de service presse, j’en ai accepté la lecture.  Je suis entrée dans un univers qui m’a beaucoup plu.

Ton livre est un cran au-dessus de ce que je peux voir sur Instagram par exemple. Sur les réseaux sociaux, les maisons d’édition poussent vraiment certaines sorties de livres au détriment parfois d’autres qui ne déméritent pas.

Ici, nous sommes plus, à mes yeux, dans de la littérature blanche. Je lis plusieurs livres en même temps.  « Les frénétiques » est moderne et engagé. Comment en es-tu arrivée à écrire « Les frénétiques » ? Déjà le titre est très fort ?

Ce texte a bouillonné en moi pendant plusieurs mois. Moi-même, j’ai ressenti un émoi pour une jeune femme mais vraiment de manière très très furtive en Italie, en vacances. J’étais sur le bord de la piscine. J’étais vraiment scotchée au point d’y penser le soir même, le lendemain, le surlendemain. Puis, des semaines après.  Au-delà de ça, ce questionnement du pourquoi me poursuit depuis quelques temps. Moi qui suis à priori à 100 pourcents hétérosexuelle, maman, avec beaucoup d’hommes dans ma vie, pourquoi de temps en temps je suis happée par une silhouette, un regard. Est-ce que mon désir ne serait pas plus fluide finalement qu’il n’y paraît? Je crois que c’est un questionnement naturel. J’en ai parlé avec des amis. Beaucoup de femmes, à un moment donné dans leur vie, s’interrogent là-dessus peut-être même plus que les hommes. Les femmes ont un parcours plus linéaire.

Peut-être que ce questionnement est plus autorisé pour les femmes que pour les hommes. Les hommes sont toujours en lutte avec cet ascendant de la masculinité ?

Peut-être oui, la virilité, le « je ne me laisse pas aller ». Je pense que les femmes ont une féminité qui se construit à tout moment. Nous n’avons pas la même féminité à 20 ans, à 35 et peut-être plus tard à 75 ans. Le féminin fluctue. Le corps féminin est tellement marqué par des étapes comme les menstruations, la maternité, l’accouchement.  

Je te rejoins. Par exemple, je constate que le fait d’avoir des filles m’a fait évoluer dans ma féminité aussi. Elles m’apportent le regard d’une autre génération.

 En vrai, je me demande si la femme ne se questionne pas plus au long de sa construction qu’un homme. C’est à vérifier bien entendu. Pour l’homme, c’est autre chose. Il y a la crise de la quarantaine d’un coup. Il va tout quitter pour une jeune femme.

Ce questionnement que tu as, il est en lien avec la crise de la quarantaine ?

Non, pas du tout. J’avais ce ressenti, ce questionnement. J’ai écrit sur le désir féminin avant ce texte. Je l’ai écrit en grosse partie en confinement.  Je me suis retrouvée enfermée dans cet appartement à Paris.  Je me suis dit qu’il fallait que j’écrive là-dessus. Le fait d’être enfermée, d’être coupée du toucher, de l’exultation des sens, du voyage, tout ça, ça a été exacerbé. J’ai mis tout ça dans le texte.

 C’est bien puissant en tout cas. Le mot correspond bien je trouve au niveau de la puissance.

Oui…ardent et frénétique !

Adeline Fleury devant le superbe Folon du patio radio de la RTBF!

 Je me suis un peu renseignée sur ton parcours. J’ai vu que tu avais un passé de journaliste.  Quelles sont les traces de ce journalisme dans ton écriture, dans tes livres ?  Ce n’est pas tout à fait le même travail.

« Les frénétiques » est très romanesque. L’écriture n’est pas journalistique. J’ai un passé de reporter de terrain. Ce passé fait peut-être que j’ai ce sens du détail. J’écris avec mes 5 sens. Quand je partais n’importe où en reportage, je n’avais pas de caméra, juste ma plume pour raconter ce que je voyais, vivais. Il faut faire passer les détails au lecteur. J’ai l’impression que ça se ressent. Après, dans mon parcours en tant qu’auteur, mon premier texte qui a été réédité « Petit traité de la jouissance féminine » est plus un livre hybride entre l’essai, plus documenté, plus journalistique et dedans il y avait des passages à la 3e personne où déjà je me lâchais un peu dans l’écriture romanesque. Le romanesque offre cette possibilité de lâcher prise. J’ai envie de n’écrire que des romans.  

Ce regard de reporter s’éloigne finalement de plus en plus ?

Oui, il fait partie de moi. Tous ceux qui écrivent en étant des journalistes, tous ces gens qui ont fait du terrain, ont quand même une propension à donner, à vivre, à voir les choses.

Un peu un côté cinématographique ?

 Oui, le roman est cinématographique.

 Il y a des moments où, en tout cas moi qui suis très visuelle quand je lis, je m’imaginais bien sur le bord de la piscine…

Je l’ai vu avant. Je vois chaque chapitre avant de l’écrire.  Quand je ne vois rien, je n’écris pas.

L’écriture est un peu dans ta famille. Quand on suit les traces d’un de ses parents, est-ce un atout ou un désavantage ?

J’ai vu mon père écrire du matin au soir. C’était un truc un peu effrayant. Il s’enfermait.

En effet j’ai vu sa page Wikipédia…

 Oui, elle est impressionnante.

Je ne le connaissais pas du tout. Dans son écriture, il rapporte aussi beaucoup de choses. Il y a aussi cette idée de reportage.

 Papa (Georges Fleury) est autodidacte. Il est spécialiste de la guerre d’Algérie. Il s’est engagé à 17 ans. Il était tout jeune. Ensuite, il a déserté. Il a eu plusieurs vies : il a été chanteur, marginal. A un moment, il est entré en écriture. Je suis née en 78 et en même temps, il écrivait son premier livre.

C’est un peu comme s’il était rentré dans les ordres ?

C’est un peu écrasant. J’ai vu papa écrire du matin au soir. Il s’est enfermé dans sa bulle d’écriture. En même temps, j’étais fascinée. Je ne voulais pas être écrivaine petite. Le journalisme c’est une façon d’écrire mais pas comme papa. Puis j’ai été rattrapée… Je ne fais pas du tout le même genre de livre que lui.  Chacun a son domaine d’expertise.  

Est-il possible d’échanger avec lui par rapport à l’écriture ?

C’est compliqué. Il lit tout ce que j’écris. Le premier sur la jouissance féminine a été quand même quelque chose de difficile. Il m’a lue et m’a dit : « Sur la forme, je n’ai rien à dire. Après sur le fond… » Ce n’est pas évident pour un père.

Pour le roman d’avant « Ida n’existe pas », je me suis inspirée d’un fait divers. Une femme qui a commis un infanticide. Il s’est interrogé sur le pourquoi.  Il s’est même inquiété en me questionnant : « Et ça va avec ton fils ? »

Pour « Les frénétiques », il l’a lu. Il l’a refermé et il m’a dit : « C’est du lourd. C’est maîtrisé. C’est un vrai roman ».

Finalement l’atout arrive plus tard ?  

Il n’écrit plus. Il a des problèmes de santé. Il a passé la main. Il a passé le relais.

Es-tu arrivée à l’écriture parce qu’il y avait ce papa qui écrivait du matin au soir ou bien avais-tu déjà une passion pour la lecture, l’écriture ?

 J’ai toujours été littéraire. Je suis fille unique. Petite fille, je passais beaucoup de temps toute seul sans en souffrir.  Je m’inventais mes jeux; dans ma solitude. Cette solitude m’a permis de développer mon imaginaire. J’ai crée pas mal de monde à moi.  Je n’ai jamais tenu de journaux intimes. J’ai beaucoup lu. J’étais bonne en rédaction. J’étais bonne en philo.  J’ai fait une classe préparatoire littéraire. Un prof d’histoire m’avait dit que je devais faire écrivain. Moi, je voulais faire du journalisme.

N’est-ce pas un peu tôt quand on aime écrire de se dire :  « Je vais devenir écrivain » quand on a 18 ans ?  N’est-ce pas quelque chose d’inaccessible ?

Il y a toujours des exceptions… Françoise Sagan, une espère de petit monstre…Je suis chez Julliard.  C’était sa maison d’édition. Elle est une figure ultra douée. Il lui fallait tout et tout de suite. Après, chacun son parcours. J’ai eu besoin de passer par les reportages. Sans le journalisme, je ne serai pas là à te parler.  

Au niveau de ta bibliographie, que je découvre, je constate que tous tes livres sont tournés vers les femmes. Pour démarrer la découverte de ton univers littéraire, y a-t-il un livre en particulier qu’il faut lire pour commencer ? Quel est le livre qui te représente le plus ? Celui qui te tient le plus à cœur ?

« Les frénétiques » est le livre qui me ressemble le plus maintenant. Mon écriture est plus fluide. Quand je relis ceux d’avant, je vois que depuis 2 livres mon écriture est beaucoup plus travaillée. J’ai passé des caps.

Celui d’avant, « Ida n’existe pas » me tient à cœur. Je me suis inspirée du fait divers de cette femme qui avait abandonné son bébé sur la plage de Berck sur Mer en 2013. Elle a été jugée et elle est en prison. Je me suis mise dans la peau de cette femme infanticide. Je n’ai pas essayé d’expliquer, de justifier son geste. J’ai voulu expliquer comment on peut en arriver là.

Il y a un peu du thriller dans sa construction. A partir de ce livre, mon écriture s’assume. Elle est plus assurée. Ida est encore plus court que « Les frénétiques ». Il n’y a pas un mot de trop. Je les travaille de plus en plus. Je les ciselle. Dans le dernier, il y a des phrases un peu plus longues par moment parce qu’on a de la description, de la nature, et cetera. J’ai beaucoup coupé aussi.

Les chapitres sont très courts !

Je suis à l’aise.  Ça donne un bon rythme au risque créer des ellipses parfois mais pas tant que ça finalement.  Le récit se tient sur une durée. C’est un temps.  

Un temps très court ?

Oui tout à fait !

Pourtant l’ambiance du livre donne l’impression qu’à la fois le temps est très court mais aussi qu’il dure une éternité.

Comme un film de 1h30 !

Pourtant le temps s’est arrêté sur cette ile. Je ne savais même pas qu’il y avait une île au large de Naples.

Il faut y aller !

Comme on le disait tout à l’heure, « Les frénétiques » parle de sexualité féminine. Dans notre monde en mouvement et en pleine évolution, quel est l’accueil réservé à ton roman ? Tout le monde n’est pas encore prêt à parler ouvertement de ce thème ?  Les avis doivent être très partagés sur Babelio par exemple?

Les avis vont du méga coup de cœur à c’est un livre bizarre. J’étais à un salon du livre à Metz. Les gens étaient très favorables.  J’avais fait une conférence lors de laquelle je parlais de désir assez ouvertement.  Les gens sont venus.  Puis il y a eu cette femme. Elle tourne autour du livre. Elle lit le résumé en quatrième. Elle regarde et elle a eu un geste hyper violent. Elle a rejeté le livre et s’est écriée : « Ah non, ça jamais ». Elle est partie.

Mon voisin de dédicace qui était un homme a levé les yeux au ciel. C’était d’une violence quand même. Il y a encore un regard suspicieux sur la sexualité féminine et l’homosexualité. J’aurais pu l’écrire de manière à ce qu’Eva soit un jeune garçon. Ce n’était pas le questionnement.

Il y a quand même une certaine audace en tant que femme d’écrire sur ce sujet ?

J’aime bien d’ailleurs le terme d’audacieux.  Il me va très bien en tout cas merci.

Du coup le monde actuel est-il aussi ouvert que nous voudrions le penser ?

Il y a du chemin encore mais ça évolue. Après je ne me rends pas bien compte parce que vivant à Paris dans un milieu intellectuel où ce genre de choses fait partie du quotidien. J’ai grandi en province. Il y avait tout dans le geste de cette lectrice qui a rejeté le livre. Elle avait une cinquantaine d’années. Elle n’était pas non plus d’un autre temps

Ada est une mère de famille qui est dans un contrôle, une abstinence depuis des mois. Je me suis demandé pourquoi elle s’imposait ça ?

Elle est dégoutée. Elle n’en peut plus. Sa vie tourne en rond avec les hommes. Au début, je dis et c’est fort, qu’elle ne supporte plus l’odeur de ses amants. Ce ne sont pas tant ses amants, c’est son odeur à elle avec ses amants. C’est comme si elle avait mangé un peu trop de la même pâtisserie. Elle n’en peut plus donc elle met sa vie sexuelle complètement en sommeil.

En même temps, en arrivant sur cette île, elle a envie de se réconcilier avec son corps. Pas dans l’idée de tomber sur quelqu’un comme ça, elle est à nouveau vierge de tout.

 Un peu comme une longue période de méditation ? Comme le carême ou le ramadan ? Cette abstinence est une sorte de purification ?

Oui, elle s’est purifiée pour mieux ressentir après.

Malgré cette purification, en quelques jours, elle perd pied ? Comment expliques-tu cela ?

C’est tellement brutal ! C’est comme un coup de foudre. C’est une histoire d’amour. Ce n’est pas que du désir. Elle tombre raide dingue au point de se projeter. Ada se répète que ça va bien se passer, qu’elles vont pouvoir s’installer ensemble. Finalement Paris ce n’est pas si loin. Elle trouve plein de solutions. Cet amour lui tombe dessus. Avant même de toucher Eva, elle l’a déjà dans la peau.

Eva l’a aussi dans la peau mais elle a l’innocence de sa jeunesse et elle a besoin de ce jeu du chat et de la souris.

Oui, Eva est beaucoup plus jeune. Elle est plus légère. Elle aime les filles mais elle flirte avec des garçons.  Elle voit bien que ça met Ada dans tous ses états. L’autre est jalouse.  Son comportement renforce le désir. Elle part en scooter avec un garçon… Tout ça , inconsciemment, nourrit ce désir qui va vers la folie.

Pour Ada, cet amour est passionnel mais un amour vrai avec des sentiments très forts qu’elle ne contrôle pas du tout. Pour toi, l’amour passionnel mène-t-il d’office à la folie ?

Je pense que l’amour passionnel mène à la folie.

J’ai discuté avec une copine la semaine passée et elle me disait avoir vécu l’amour passionnel. Maintenant, elle est dans une relation plus paisible. Elle s’y sent bien. Je me disais qu’un couple comme ça devait être cool.  Cette relation apaisée a un autre côté apaisant…

Oui mais d’un autre côté, on ne vibre pas. Dans l’amour passionnel, il y a quelque chose de vertigineux, de dangereux.  Il faut accepter ce danger-là.  Un danger tel que la mort rôde autour. Mais peut-être que oui, un amour apaisé doit être très agréable. C’est autre chose.

Si je comprends bien, tu n’es pas la recherche d’un amour apaisé ?

Je ne sais même pas si je suis là recherche de quelque chose.

Est-ce que l’amour raisonnable existe ?

Amour et raison sont-ils compatibles ?

Maintenant pour l’écriture d’un roman, c’est sûrement un peu fade l’amour raisonnable. Bien que si je prends « Mon mari » de Maud Ventura, là il est question d’amour raisonnable.

L’amour passion est plus romanesque.  Maud Venture fait de l’amour raisonnable quelque chose d’intéressant.

Dernière petite question…qu’en est-il au niveau des projets ? Tu es déjà repartie vers autre chose ? Tu prévois un livre par an ?

J’ai déjà bien avancé dans mon nouveau projet. Ecrire un livre par an, oui. Maintenant, il y a des agendas, des calendriers. Sortir tel livre à telle période, tout ça s’étudie avec la maison d’édition.  Le nouveau roman est écrit aux deux-tiers.  Je pense qu’il sera en librairie en 2023 ou tout début 2024 au plus tard.

Toujours autour des femmes ?

Oui mais pas du tout dans le même univers. Le récit se passe à la fin des années 80, dans un village de Basse-Normandie. J’ai grandi un peu par là-bas. Il s’agit de 2 femmes dans des milieux d’hommes. Une femme vétérinaire et une femme maréchal-ferrant.  Clairement on leur fait sentir qu’elles n’ont pas leur place dans leur milieu professionnel.

Tout à fait autre chose ?

Oui, quelque chose de très rural ! Le corps sera là mais pas de manière aussi fénétique. Il fait moins chaud en Normandie qu’en Italie.

Merci en tout cas pour cet entretien très agréable.

Audio·Littérature

Le parfum des cendres de Marie Mangez

Le parfum des cendres fait partie de la rentrée littéraire 2021

Quelle est la dernière lecture surprenante que tu aies faite?

Lorsque j’accepte des SP, je sors très fréquemment de ma zone de confort. Je me lance dans des styles littéraires, des univers et écrits que je n’aurais pas du tout abordés toute seule comme une grande.

Ce fut le cas pour ce livre audio proposé en décembre dernier par Audiolib sur la plateforme Netgalley: Le parfum des cendres de Marie Mangez.

J’ai écoulu ce roman mais il est également possible de le lire en grand format aux éditions Finitude.

Mon regard a été attiré par cette couverture à la fois sobre et forte, aux couleurs douces et tristes.

Ce livre est classé dans la catégorie littérature.

Il a été assez discret sur nos réseaux. Il faut dire que si tout le monde a fait comme moi et a trainé dans la rédaction de ses chroniques, ce n’est pas étonnant.

Note que j’ai un peu l’impression de faire bien en parlant après tout le monde des livres sortis…parce que la vie des livres devraient continuer bien après leur date de parution.

Le parfum des cendres est une rencontre entre la mort et la vie.

« Le parfum des cendres » est le premier roman de Marie Mangez. D’habitude, Marie bosse plutôt sur sa thèse…

Tiens…tiens…tout comme Alice, elle aussi thésarde.

L’intérêt d’Alice pour le métier de thanatopracteur va l’amener à faire la connaissance de Sylvain Brognard dont c’est le métier.

A l’origine, Sylvain se vouait à une carrière de parfumeur. Avec son nom de famille qui évoque certains parfumeurs célèbres, il a pourtant changé d’avis il y a 15 ans.

Malgré ce changement d’objectif professionnel, Sylvain reste le spécialiste des parfums. Les odeurs lui permettent même de percevoir la personnalité des gens, qu’ils soient vivants…ou morts…

Les premiers contacts entre Alice et Sylvain sont complexes. L’homme est plutôt avare de conversations alors que la jeune femme, débordante de vie, est quant à elle bavarde.

Pourtant à force de temps et de patience, Alice parvient à mettre Sylvain en confiance, à lever le voile sur sa personnalité et sur son histoire.

Que cache si habilement derrière sa carapace l’embaumeur?

Comme je te l’ai dit, ce roman n’était pas à la base une évidence livresque. Au cours de ma lecture, je me suis demandée si il était vraiment pour moi.

Rencontrer la mort comme c’est le cas dans ce livre est une tâche encore compliquée pour moi. Pourtant, ce roman est un lien entre deux mondes: celui des morts et des vivants.

Après un petit moment, j’ai pris plaisir à écoulire le récit porté par la voix de Sophie Frison. Une voix vivante, forte et douce à la fois. Une voix qui sied très bien à la lecture.

Cette voix, mêlée à l’écriture de l’autrice ont eu sur moi un effet apaisant. Il y a dans ce roman une ouverture sur la finalité qui est la nôtre.

La mort n’est certainement pas ce qui est le plus embêtant dans la vie.

Ce qui fait peur est surement d’arriver à la mort sans avoir pu accomplir toutes les possibilités offertes par la vie.

Si ne rien vivre était une mort bien pire?

Ne crains pas la lecture de ce livre. Elle pourrait t’apporter sérénité et compréhension. Elle pourrait t’ouvrir les yeux sur toutes les morts que nous traversons au fil de nos vies.

Qu’en penses-tu?

Historique·Littérature

Alabama 1963 de Ludovic Manchette et Christian Niemiec

Un roman à 4 mains au succès retantissant.

Quatre mains!

Il est possible de faire beaucoup de choses avec 20 doigts…

Comme jouer au piano…

Peu de gens savent qu’il est possible également d’écrire un livre à 4 mains.

Qu’est-ce donc ce concept?

Tout simplement, il s’agit de l’écriture d’un livre par deux auteurs. Les frères ont par exemple initié cette pratique au 19ème siècle.

Alabama 1963 est un des romans phare de l’année 2020

En 2020, ce sont 2 traducteurs de dialogues de séries et de films qui publient au Cherche midi leur premier roman au succès avéré.

Ces deux traducteurs,Ludovic Manchette et Christian Niemec, sont aujourd’hui aussi auteurs.

Leur premier roman, « Alabama 1963 » a reçu plusieurs prix et un très bon accueil des lecteurs.

A un moment, il était tellement présent sur les réseaux sociaux que certains n’osaient pas le lire de peur d’être déçus.

Alabama 1963 est disponible en poche

Je me fie très peu aux avis trop positifs ou trop négatifs. Du coup, j’ai juste attendu l’occasion de le lire.

Quand ce roman est sorti en poche chez Pocket, je l’ai ajouté à ma PAL. Je ne me souviens plus si je l’ai acheté ou si je l’ai reçu lors d’un swap…

Il n’est pas resté longtemps sur mes étagères car il a été sélectionné comme LC poche pour le mois de mars dernier.

Il m’a fallu un peu de temps pour me glisser dans l’histoire, dans l’époque.

Après quelques chapitres, je me suis laissée embarquer en Alabama en 1963.

Le récit est empreint des talents scénaristiques des auteurs.

Il est aisé pour le lecteur de se retrouver à Birmingham.

La ville est connue pour avoir été le berceau de la lutte pour l’obtention des droits civiques par la communauté afro-américaine dans les années 50/60.

Savais-tu qu’en 1963, Martin Luther King y fut emprisonné?

Le roman mentionne également l’attentat du Klux Klux Klan contre une église . Quatre fillettes y perdront la vie…

L’histoire se passe dans une ville du sud des Etats-Unis.

Ce quadruple meurtre n’est pas sans rappeler notre livre.

Alors qu’il faudra attendre 1977 pour que le responsable de ce massacre soit enfin reconnu coupable, la police ne se bouge pas trop lorsque le corps d’une première fillette est retrouvé….

Pourquoi la police ne se bouge-t-elle pas?

Tout simplement parce que cette enfant a la peau noire.

A l’époque, la police ne se bougeait pas beaucoup pour défendre les droits de ses citoyens aux origines africaines.

L’intrigue se déroule dans la moiteur de l’été

Par un concours de circonstances, Adela Cobb, femme de ménage, se voit amenée à faire le ménage chez Bud Larkin, un détective privé blanc, raciste et alcoolisé du soir au matin, du matin au soir.

Adela s’inquiète pour sa propre fille. Quand une nouvelle enfant disparait, elle s’interroge sur cette disparition…

Quand le père de la première victime engage Bud, le détective blanc et la femme de ménage noire s’associent pour mener l’enquête.

Le résumé en quatrième du format poche

Ce roman mérite grandement d’être lu. Autant Bud Larkin est imbuvable, autant Adela est drôle et courageuse.

A elle seule, elle représente ces femmes qui dans l’ombre ont fait leur petite révolution démocratique…telle Rosa Parks.

Dans Alabama 1963, il n’y a pas que des pauvres noirs et des blancs racistes. Il y a 2 communautés qui coexistnt dans un système séculaire qui leur colle à la peau.

Si tu n’as pas encore eu l’occasion de lire ce roman, n »hésite pas.

Il n’est pas exclu que tu te retrouves à marcher à côté de Bud et Adela sur cette route perdue quelque part au fin fond de l’Alabama en 1963.

Qu’en penses-tu?

L’as-tu déjà lu? Qu’en as-tu pensé?

Est-il dans ta pal?

Littérature·Thriller

Une nuit sans aube de Benoît d’Halluin

Sorti en mars dernier, tu dois découvrir ce roman!

Quel livre t’a dernièrement empêché de dormir une nuit complète? Tu vois de quoi je parle?

Oui oui, de ces livres que tu n’arrives pas à refermer tant tu es pris.e dans l’histoire…

« Une nuit sans aube » fait partie de cette catégorie.

Sorti en mars dernier, ce roman difficile à classer dans une catégorie précise est le premier roman de Benoît d’Halluin.

L’auteur d’un très très bon premier roman à découvrir!

Débarqué dans les rayons de nos librairies, ce premier livre a eu la chance d’être publié par une grosse maison: les éditions XO.

Il faut dire que ce directeur marketing pour une grosse boite américaine de cosmétique fait fort. Son roman aux notes de thriller est presque un documentaire (en tout cas, c’est ce qu’on lui a déjà dit).

Tu te demandes bien pourquoi cette étiquette?

Je t’explique…minute papillon!

Ce livre un documentaire? Sérieux?

Un jeune français est victime d’un accident de la route dans les Catskills, montagnes au Nord de New York.

De l’autre côté de l’océan, dans une maison à quelques kilomètres de Nantes, en France, Catherine est réveillée en pleine nuit par la sonnerie du téléphon.

Un homme, qu’elle ne connait pas, lui annonce qu’Alexis, son fils, est dans le coma dans une chambre d’hôtel new-yorkaise.

L’homme, Marc, est en route pour venir la chercher. Il a déjà réservé deux places sur le premier vol vers la grosse pomme. ..

Prise d’angoisses, Catherine suit Marc sans très bien savoir qui il est. Très rapidement, le doute s’installe…Qu’est-il arrivé à Alexis? Qui est Marc?

Le vrai résumé qui devrait te convaincre…

Ce roman est une très belle surprise. Chaque page est une particule énergétique qui forme une boule stimulante. Cette énergie s’accroit au fil des pages, elle augmente en intensité.

Le récit raconte les événements de cette fameuse nuit, de ce voyage pas comme les autres. Progressivement, entre chaque moment nocturne, l’auteur nous dévoile des flashs de la vie d’Alexis…mais aussi de Marc.

Une vie d’hommes qui aiment les hommes.

Quel plaisir d’exhumer de chapitres en chapitres leur passé afin de mieux appréhender leur présent! Peut-être que c’est là que ce roman est un documentaire… Il montre au lecteur que l’homosexualité n’empêche pas d’être des gens ordinaires.

Un documentaire? Non un livre sur la vie ordinaire…

Alors oui! Il est vrai que ce roman traite d’une histoire d’amour homosexuel sans pour autant rendre cette histoire d’amour atypique.

Ce sera peut-être une découverte pour toi…J’ose à penser que cela ne sera pas un frein à ta lecture de cet excellent premier roman!

L’amour est universel.

Lire « Une nuit sans aube », c’est se rendre compte que l’orientation sexuelle n’a rien de choquant. L’homosexualité fait partie de notre société depuis toujours.

Avant elle était honteuse et tue. Au 21ème siècle, laissons de côté nos clichés et croyances. Le meilleur moyen est de s’intéresser aux autres quels qu’ils soient.

La littérature est un très bon vecteur pour offrir une normalité à des amours qui devraient l’être depuis belle lurette!

Qu’en penses-tu? Es-tu dérangé quand les histoires d’amour traitent d’homosexualité? Peux-tu exprimer ce qui te dérange?

Ce roman est un livre grand public accessible à toute personne souhaitant passer un très bon moment de lecture.

Si tu le souhaites, tu trouveras sur Spotify un album à écouter pour accompagner ta lecture. Alejandra Pesantez a composé 16 morceaux intrumentaux.

Ils accompagneront « Une nuit sans aube » et lui donneront une dimension encore plus grande.

Prêt.e pour ta nuit blanche?

PS: Tu trouveras également une interview de l’auteur sur le blog.

Littérature·Thriller

Entretien avec Benoît d’Halluin: « Mon livre n’est pas un livre sombre. Il est plein de la lumière de la Méditerranée. Il est rempli d’espérances. » –

Souvenir d’une rencontre lumineuse!

En avril dernier, j’ai eu l’occasion de découvrir le premier roman de Benoît d’Halluin: « Une nuit sans aube » sorti le 10 mars dernier aux éditions XO.

J’avais rendez-vous dans un bel hôtel bruxellois. J’ai surpris Benoît au sortir de son petit-déjeuner et en plein jetlag! Il faut dire que l’auteur franco-canadien bosse vit depuis 2018 à New-York où il bosse.

Son premier roman avait été une belle et surprenante découverte. En découvrant son auteur, j’ai compris pourquoi. Benoit d’Halluin est une personnalité rayonnante et enthousiaste. Ce premier roman est positif et plein de valeurs qu’il défend avec énergie et simplicité…

Tu trouveras ci-dessous une restranscription de l’entretien. Ce dernier fut spontanné et agréable…

Bonne découverte…

« Une nuit sans aube » est sorti en mars dernier chez les éditions XO.

J’ai découvert ton premier roman et il était vachement bien.

 Ça t’a plu alors ?

 Oh oui, il est très très bien. Je ne m’attendais pas du tout à ce type de lecture.  J’ai été un peu influencée pour le découvrir et ce fut une bonne influence.  

C’est mon premier alors je découvre.

 Et bien franchement pour un premier roman, il y a vraiment du bon. Je ne l’ai pas dévoré, je l’ai plus lu en petits épisodes comme une série. Ce fractionnement est plus lié à moi qu’au livre. Mais j’avais vraiment envie de savoir la suite.

Il y a des gens qui disent que c’est un page Turner.  Certains m’ont dit qu’il ne devait pas s’appeler « Une nuit sans aube » mais plutôt « Une nuit sans fin » parce qu’ils l’ont lu en une nuit.  

Je confirme. Hier je réfléchissais déjà un peu à ma chronique. Je me disais « Une nuit sans aube » mais en fait pour le lecteur aussi ça pourrait être une nuit aube.

Une nuit blanche voilà !

Ok  mais alors on a pas envie que l’aube arrive.  On a envie de comprendre ce qui arrive à ce brave Alexis qui est quand même un gentil.

Personne n’est foncièrement méchant dans ce livre.

Non ça c’est clair.  Il y en a juste certains qui sont plus perturbés que d’autres.

Je pense que c’est ce que le livre dit aussi. Il y a cette phrase : « Des chemins de son enfance, nul ne guérit jamais ». Je trouvais cette idée intéressante de voir ce que les événements de l’enfance font de nous. Dans le livre, il y a Marc.  Il a été chassé par son père qui l’a mis dehors de la maison parce que sa femme l’avait quitté.  Il était désemparé. Il cherche à prendre une revanche et cetera et cetera.  Alexis, lui, il dissimule tout parce qu’il vient d’une famille où il faut toujours un peu faire illusion. Finalement c’est devenu un peu pathologique. Il n’arrive pas à dire les choses.  

Puis il a une maman qui est tellement à l’extérieur qu’elle n’arrive pas à voir ce qui se passe chez elle. Ce détail m’a marquée.

Oui, les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. C’est un peu ça ici.

Comment est-ce que Benoît d’Halluin qui vient finalement un peu de nulle part en arrive à écrire un roman ? Quel est ton parcours ?

Il y a deux trucs.  D’abord, ma personnalité.  Je suis quelqu’un qui observe beaucoup. Je ressens beaucoup de choses. Ensuite, je suis quelqu’un qui arrive bien à écrire. Souvent, je me suis rendu compte que j’arrivais à écrire, à mettre des mots sur les sentiments que les gens ressentent mais n’arrivent pas forcément à exprimer.

Par exemple, dans mon travail, je suis directeur marketing pour une grande marque de cosmétique américaine, je fais des pubs.  Il y a toujours beaucoup d’émotions. On m’appelle souvent le « story teller » (le conteur).  Les mariages s’il y a quelqu’un qui doit faire le discours, ça va toujours me tomber dessus.  Tout le monde me disait qu’il fallait que j’écrive un livre.  Moi, je voulais bien sauf que je suis assez pris dans ma vie et je n’avais pas vraiment eu le temps.

Je vivais à New York et j’ai attrapé le COVID au tout début en mars 2020.  Je l’ai attrapé salement. J’avais 41 de fièvre. J’ai dû aller à l’hôpital à Manhattan.  Là-bas, à l’époque, il faut se remettre dans la situation, il y avait deux virus.  Il y avait le coronavirus et il y avait Trump. Il disait que le virus n’existait pas, qu’il fallait avaler de l’eau de javel. Bref, c’était n’importe quoi.  Il n’y avait plus de place dans les hôpitaux.

Mes parents et mes amis m’ont dit ça suffit les conneries, tu rentres en Europe. C’est ce que j’ai fait. J’ai pris un avion sanitaire car tous les transports étaient à l’arrêt. PAF j’arrive à l’aéroport, je prends un train et j’arrive chez mes parents. Le confinement était strict. Il y avait aussi deux de mes sœurs. Je craignais d’être encore contagieux même si je ne l’étais plus. Je suis resté enfermé dans ma chambre. J’avais du temps libre comme je ne travaillais pas le matin à cause du décalage horaire parce que je commence à travailler vers 13h…

Ah oui c’était le télétravail avec New York.

Ça a commencé comme ça et ça ne s’est jamais arrêté. Ça fait 2 ans que je suis parti comme Linda de Souza avec ma valise en carton. Je n’ai pas beaucoup de vêtements. La chemise que j’ai là, c’est la même que celle qui est sur la quatrième du livre.  Du coup, j’ai eu envie de raconter ce qu’il se passait. Il y a une telle différence entre ce que j’avais vu à New York où on sort trop, on travaille trop,… Me retrouver chez mes parents avec des arbres en face des fenêtres a fait germer comme ça.

Je pense qu’on n’écrit jamais vraiment on se raconte. Il y a pas mal de points un petit peu autobiographique. L’histoire commence par un voyage en avion.  Moi, j’ai fait le voyage en sens inverse. Bien sûr, quand j’étais à l’hôpital à New York avec 41 de fièvre je me suis demandé ce qui se passerait si je mourrais et que mes parents ne pouvaient pas venir. La question était à l’ordre du jour puisqu’ils ne pouvaient pas venir et que j’étais vraiment mal.  

Voilà comment le livre a vu le jours. Je l’ai écrit assez vite. Je ne me suis jamais arrêté pour l’écrire.  Je l’ai écrit le matin.  J’ai travaillé l’après-midi.  En 2 mois et demi,  3 mois c’était fait.

 C’est donc un peu aussi « Une nuit sans aube » ?

Je ne suis pas quelqu’un du matin. Je suis comme Françoise Sagan qui dit : «  Je vois pas ce qui pourrait m’arriver de bon avant 11h du matin ».  

Donc le covid, un rapatriement sanitaire…

Et aussi ma personnalité ! Je pense qu’il y avait un terreau. Il fallait que j’écrive des choses. Je pense que j’en écrirai d’autres maintenant parce que j’ai trouvé génial d’écrire. Après j’aimerais bien que le livre marche.

 Déjà, au niveau de la maison d’édition, c’est une belle maison d’édition pour un premier roman.

 J’ai eu beaucoup de chance parce qu’en plus j’ai envoyé 8 ou 10 manuscrits, je sais plus. J’ai 3 réponses positives : XO,  Actes sud et le dernier c’était Robert Laffont.  Je voulais que ce soit un livre grand public. Je voulais que ce soit une histoire d’amour gay mais universelle pour que des gens qui ne soient pas forcément homosexuels puissent s’y retrouver. J’ai des petites mamies qui m’écrivent des messages en me disant que mon livre a changé leur regard sur les gays.  Je suis content.

Pour moi, cette ouverture positive est un des atouts du livre et c’est ce qui fait son originalité. Chez un éditeur comme XO, on peut trouver ton livre partout, dans n’importe quel magasin.  Maintenant, il y aura toujours des gens à qui ça ne va pas plaire.  

Il ne sera peut-être pas dans des librairies très chics de la rive gauche.  Je pense que dans les librairies très chics de la rive gauche, on n’a pas ce besoin d’éduquer sur l’homosexualité.

Oui…enfin voilà ils devraient peut-être un peu plus…  Le but du livre n’est certainement pas une revendication et n’a pas été écrit dans l’idée de porter le drapeau LGBT+.

 Non, non, justement pour ce livre, il y a 2 cibles.  Enfin je fais du marketing là mais bon. La première cible est le grand public. C’est pour cela qu’il y a une telle tension dans l’intrigue.  J’ai envie que le lecteur rentre dans une histoire où certes les protagonistes sont gays, il y a une histoire d’amour en eux. Pourtant à la fin, le lecteur peut se dire que leur orientation sexuelle ne change rien à l’histoire.   J’en ai fait un peu des héros ordinaires. Ce faisant, discrètement, j’ai expliqué au lecteur que la complexité de l’homosexualité : le coming out, le dating, le ghosting. Je parle un peu de l’homoparentalité à la fin.

L’autre cible est un lectorat gay. J’avais envie de dire que personnellement dans la littérature actuelle, je ne me retrouve pas.  Il y a d’un côté des romans très sombres, très noirs, très glauques, un peu comme « En finir avec Eddy Bellegueule ». C’est vraiment une chose, une revendication sociale. Je ne suis pas là pour comparer. Je ne m’identifie pas.

D’un autre côté, il y a des choses sublimes comme « Call me by your name » qui a été adapté en film. Il faut absolument le découvrir. C’est une sorte de moments suspendus où ils sont dans une villa en Ligurie. Ils sont tous beaux. C’est l’été. Le temps s’écoule lentement. Le temps s’épaissit.  On sent la chaleur de l’été sur la peau des gens.  Après, on ne sait pas trop ce qu’ils font dans la vie. On ne sait pas qui paye le loyer de la maison… Je voulais que mon roman soit terre à terre.

Oui dans « L’aube sans fin », être dans le coma n’est pas lié à l’homosexualité. N’importe qui peut se faire renverser par une voiture et se retrouver dans le coma à l’autre bout du monde, quel que soit la destination.

Exactement. Je voulais que la cible hétéro découvre la problématique gay et pour la cible gay je voulais qu’ils trouvent un livre qui les décrit de façon juste.  J’ai des retours de lecteurs qui me disent qu’« Une nuit sans aube » est le livre le plus juste qu’ils aient lu sur la question. Pour moi, c’est le plus beau commentaire que l’on puisse me faire.

Personnellement, je n’ai pas beaucoup lu sur la thématique gay. Par contre, avec mon expérience perso, j’ai retrouvé dans le roman beaucoup d’émotions et une bienveillance même au niveau familial.  Le roman parle aussi de cette malveillance qui sera toujours présente. La malveillance n’est pas liée uniquement à l’homosexualité. Il arrive d’être banni d’une famille pour un choix d’étude qui ne plait pas ou un mariage qui ne convient pas. L’homosexualité peut poser un problème moral. Pour moi, ça n’en est pas un. Les gens sont comme ils sont.  Ton livre est important pour banaliser l’homosexualité mais pas dans le sens négatif. Plutôt dans l’idée que chacun fait ce qu’il veut.

Il y a des gens qui m’ont dit qu’ils avaient l’impression de lire un documentaire sur les gays. Dans le mot documentaire, il y a un petit côté documentaire animalier…Je comprends ce qu’ils voulaient dire.

Quand on ne connaît pas, quand on n’a pas les codes, quand on ne s’intéresse pas, un roman comme le tient peut révéler un intérêt sur le sujet.

Beaucoup de gens ne savent pas.

Dans ton roman, les 2 personnages dont tu racontes le parcours ont des vécus très différents.  Alexis a un parcours beaucoup plus classique alors que Marc est décrit comme beaucoup plus olé olé. Avec lui, la vie à New York a l’air beaucoup plus décadente.  Ça doit un peu chambouler les petits mamies que tu croises en salon ?

Non, elles sont très ouvertes.

Pour ton inspiration, tu me disais qu’il y avait un part d’autobiographique. Tu as brodé autour de ton expérience ?

Je me suis plus inspiré pour les lieux ou pour les personnages rencontrés. Après, je n’ai jamais été dans le coma. Je ne me suis jamais fait renverser par une voiture. Je n’ai pas vécu tout ça.  Il est plus facile de parler d’endroits connus. J’ai un appartement à Nice.  J’y ai un petit bateau de pêche.  J’adore le sud. Je ne pourrais pas vivre sans la Méditerranée.  

Mon livre n’est pas un livre sombre. Il est plein de la lumière de la Méditerranée. Il est rempli d’espérances.  J’avais choisi le titre que j’aime bien parce que ça fait référence à la nuit. Le récit se passe pendant la nuit. Le trajet pour aller au chevet d’Alexis se déroule sur une nuit. Catherine, la mère d’Alexis, la nouvelle au cœur de la nuit.

Le coma est aussi une nuit.

« Une nuit sans aube » est également toute cette période pendant laquelle Alexis n’a pas pu dire qu’il était gay.  

Pour la couverture, j’avais proposé un homme qui plonge. Il est à la fois sous l’eau et au-dessus, comme un iceberg. J’avais dans l’idée que la partie sous eau soit la nuit. J’avais une idée lumineuse de cette couverture.  Quand j’ai eu la proposition de la couverture actuelle, elle m’a semblée plombante.

Ce choix de couverture ramène aux thrillers. Ton roman est quand même un thriller…Il y a une intrigue, du suspens, on a quand même envie de savoir.

Tout à fait ! Le livre est dans les codes du thriller mais ils ont mis roman. C’est comme ça.

Effectivement, la couverture ne correspond pas spécialement à 100% au contenu. Maintenant, ce sera sûrement plus adapté en poche?

Les retours que j’en ai, quand je vais regarder sur Babelio, les gens adorent tous leur lecture. Le commentaire qui revient souvent est que c’est un peu un truc inclassable.

Honnêtement oui.

Une dame a commenté que pour elle c’était un truc d’équilibriste parce que j’ai commencé avec un thriller, je retrouve ensuite avec une histoire de famille et puis, j’ai des chapitres qui sont juste une histoire d’amour.  Elle dit même qu’en général au milieu d’un thriller elle ne veut pas d’histoire d’amour parce que ça l’agace mais ici non ! Ca ne l’a pas dérangée du tout.

En effet, l’histoire d’amour nourrit le propos.  Elle nourrit l’intrigue aussi puisque le lecteur se fait trimballer. Très vite, on apprend très vite que ce n’était pas un accident.  

Ce qui est drôle aussi c’est que comme les flashbacks arrivent assez tôt pour nourrir un autre propos du livre : « Des chemins de son enfance on ne guérit jamais vraiment ». J’ai donc voulu les faire commencer tôt.  Du coup, les lecteurs sont en attente car ils savent que Marc et Alexis sont en couple.  Ils sont en attente de leur rencontre mais ce n’est pas pour tout de suite.

Ce choix de thriller était un choix voulu ou pas ?

Je suis quelqu’un qui n’a pas beaucoup de confiance en soi. J’ai toujours l’impression que ce que je dis n’est pas suffisamment intéressant. Je me suis dit que si je rajoutais une intrigue, les gens auraient envie de tourner les pages et j’en profiterai alors pour leur glisser des petites idées sociologiques que j’ai.

Comme je le disais, je voulais faire un livre grand public. C’était important à mes yeux.  Je suis content de faire un roman gay chez XO,  avec des scènes de sexes gay pour montrer que ce n’est plus un problème. Pour atteindre ces objectifs, il fallait aussi répondre à un genre littéraire. Je n’allais pas faire une fresque amoureuse ils se regardent dans le blanc des yeux. Si j’avais fait cela, mon roman aurait été d’office catégoriser gay, une sorte de telenovelas gay.

J’ai aussi souri à la présence récurrente des Mercedes classe E.  A chaque fois qu’il est question d’une voiture dans le livre, il s’agit de cette voiture et de ce modèle. Je me suis dit que tu devais avoir une passion pour cette voiture.  Est-ce que tu confirmes cette passion pour les Mercedes classe E ? Ou alors est-ce du placement de produit ?

C’est marrant parce que j’essaie de faire attention à l’environnement surtout que mon compagnon travaille dans ce secteur-là. J’essaie donc de ne pas conduire de grosses voitures. J’avoue cependant  un petit faible pour les décapotables. Du coup, en été, surtout sur la Côte d’Azure on sent l’air et cetera…La Mercedes classe E est une super quatre places. Il fallait bien une voiture qui conviennent à plusieurs personnages.

Dans ton roman, tous les personnages sont un peu paumés à un moment ou à un autre, les enfants comme les parents…

Je voulais montrer aussi qu’il est possible de réagir de plein de façons différentes à l’homosexualité de son fils. On peut passer complètement à côté bien que l’on soit un parent super concerné par son enfant. Cette annonce peut aussi arriver comme une nouvelle difficulté à affronter dans un schéma familial complexe. Le parent peut faire un clash et chasser son enfant sans se rendre compte de l’impact de cette décision à long terme. Ou encore, le parent peut voir cette annonce comme une bavure dans un avenir qu’il a créé pour son enfant. Le parent exige alors encore plus d’efforts et de travail pour compenser. Beaucoup de gays ont reçu comme message qu’ils devaient faire beaucoup d’études pour avoir un super boulot. Ce boulot doit leur plaire parce qu’ils n’auront rien d’autre dans la vie.

La maman d’Alexis, Catherine dit quelque chose d’important à mes yeux. Elle n’a rien contre le fait que son fils soit homosexuel mais elle exprime sa crainte que cela complique le chemin d’Alexis. En tant que maman, c’est exactement ce que je pense aussi.  Aujourd’hui, la société évolue et pourtant le parcours d’un LGBT+  est encore tellement compliqué. En Belgique, le mariage est autorisé, la PMA également, l’adoption se fait de manière égalitaire vis-à-vis des autres couples. C’est une bonne chose. Cependant, vivre sa vie est déjà un défi…et d’un autre côté ce n’est pas un choix.

En effet, Catherine le dit. Elle dit qu’elle n’aurait rien changé. Elle aime son fils tout autant. Elle ne pense pas que ce soit le chemin le plus simple vers le bonheur. Malheureusement, les études prouvent que même quand ils ont des enfants, l’accès au bonheur est compliqué pour les homosexuels.  J’évoque dans le livre cette étude du Washington post, la « Gay loneliness ». Des chercheurs ont étudié sur pas mal de pays et de générations les indicateurs sociaux des gays. Ils se sont rendu compte que ce soit en Scandinavie où les droits des homosexuels sont nombreux ou dans des pays où ils n’ont aucun droit, il reste toujours un plus haut taux d’alcoolisme et une plus forte tendance à la dépression.

 Attention, mon livre est positif. Il dit que l’amour sauve. Ils tombent amoureux et construisent leur relation.  L’un d’eux dit : « Je t’aime parce que je veux t’aimer ».

Mais parce que c’est aussi ça l’amour ! L’amour c’est universel !

Je suis complètement d’accord.  Oui mais la génération en dessous de la nôtre donne l’impression que ce que la société nous vante c’est du romantisme, avoir des papillons dans le ventre et que dès qu’il n’y en a plus, il faut se poser des questions, qu’il faut changer tout. On tombe amoureux. Après un moment, il y a un choix conscient de se dire qu’on ne sait pas où le train de la vie va nous emmener mais je veux faire le « ride » avec cette personne-là.  C’est ma vision des choses.

Le livre dit qu’effectivement il y a ce devenir gay, ces statistiques malheureusement plutôt négatives et qu’eux ils y échappent grâce à l’amour. Après pourquoi ces statistiques ?  Les études disent souvent les études c’est que les gays sont obligés de se conformer à quelque chose qui ne se sont pas pendant une longue période. A 5 ans, vous ne dites pas je suis gay.  Les études montrent que le problème ce serait que comme en fait, les homosexuels se sont trop longtemps conformés à ce qu’ils ne sont pas, même une fois qu’ils ont fait leur coming out, même si ça a été bien accepté, ils gardent une peur du rejet.  Ces personnes ont pris l’habitude de ne plus dire les choses et de ne plus être assertifs avec comme conséquence qu’ils ne savent pas trop s’affirmer.  

Il y a aussi tout ce côté, on le voit un peu aussi, où sans le vouloir comme ils n’ont pas d’enfants, ils deviennent aussi très autocentrés. Je les vois à New York. Comme ils n’ont pas d’enfants,  ils ne s’autorisent pas à vieillir. Ce qui compte, c’est leurs vacances, leur chien, leur appartement…

Je remercie Benoît pour cet échange très intéressant. Pour toi lecteur, il ne reste plus qu’à t’offrir ce très beau roman qui banalise toutes les formes d’amour et fait rentrer l’homosexualité dans la littérature pour tous.

Littérature

La carte postale d’Anne Berest

Un des best sellers de la rentrée littéraire 2021

Envoies-tu encore des cartes postales? Quelle est la dernière que tu aies reçue?

Ma dernière carte postale, je me la suis offerte avec mes étrennes en ce début d’année. Un cadeau de moi à moi fortement influencé par #booksta.

« La carte postale » d’Anne Berest est l’une des sorties phare de la rentrée littéraire automnale de 2021. Un roman autobiographique porteur d’un lourd passé familial.

« La carte postale » est un accouchement douloureux.

En l’écrivant, Anne Berest met à la lumière les secrets de sa famille. Ils ne sont pourtant pas honteux ces secrets. Ils étaient juste trop lourds à porter pour la grand-mère de l’autrice.

Ce roman nous le devons à une carte postale. Une simple carte pas très jolie de l’Opéra Garnier à Paris. Une carte expédiée le 4 janvier 2003 de la poste centrale du Louvre à Paris.

Tu retrouves d’ailleurs cette carte sur le bandeau du roman…et pour une fois, je te conseille de conserver ce bandeau précieusement car il fait entièrement corps avec le récit.

Au dos de cette carte, quatre prénoms: Ephraïm, Emma, Noemie et Jacques.

Cette carte postale arrivera en ce début 2003 mélangée aux courriers et autres publicités dans la boite aux lettres de la mère de l’autrice. Elle restera en suspens dans l’esprit de cette dernière.

Puis un jour, la fille d’Anne lui dira qu’à l’école, les Juifs ne sont pas les bienvenus. L’autrice se dira alors, qu’il est temps pour elle de découvrir qui sont ceux qui se cachent derrière ces 4 prénoms et surtout pourquoi cette carte est arrivée jusqu’à sa mère.

Ce roman est le point final de l’enquête qu’Anne a menée avec sa mère, avec sa soeur (Claire également autrice) et avec le soutien d’un détective privé…et d’un criminologue.

Ce roman n’est pas une Xe histoire de famille victime de la folie d’Hitler. Ce roman parle du génocide bien entendu mais il parle également de l’avant et surtout de l’après.

Ce roman réhabilite des hommes et des femmes dans une histoire familiale. Eux qui ont été englouti par les démons d’une époque (démons qui sont à nouveau à nos portes) reprennent vie sous la plume de l’une de celle qui est un part d’eux-même.

J’ai particulièrement apprécié la construction littéraire du récit qui n’est pas centrée sur la souffrance ou l’incompréhension. Anne Berest nous présente des humains. Elle nous conte des vies.

Elle nous raconte des personnes qui avaient des projets, des personnalités, de l’ambition. Il n’aura fallu que la peur et la politique pour les effacer de nos mémoires. Pour taire ce qu’ils étaient…

La souffrance de ceux qui restent et la culpabilité d’être vivant malgré tout a fait le reste.

Ce roman explique l’errance juive. Cette recherche d’une terre d’accueil qui n’est pas sans rappeler les flots de migrants qui arrivent à nos frontières après avoir été déboutés de partout.

Ce roman tisse un lien entre le passé et le présent. Il présente l’impact que la shoah a eu sur ces familles brisées. Il est question de lever le voile, de reserrer les liens entre les générations.

Dans ce roman, chaque génération a enfin l’occasion de s’affirmer, de se dire et de se raconter en y incluant cette identité juive qui était devenue une ombre. Ce n’est pas un outil de propagande.

Ce n’est pas étonnant que « La carte postale » ait reçu le prix Renaudot des lycéens 2021. Le récit est totalement accessible à de plus jeunes lecteurs. Il offre aux adultes de demain une immersion dans le passé.

Il n’est pas question ici de livre d’Histoire. Il n’est pas question de devoir de mémoire absolu. Il n’est pas question de morale. Il est question de compréhension, de femmes perdues dans les inconnues de leur passé familial.

Avoir une identité de nos jours est souvent un parcours difficile. Nos anciens ne se racontaient pas. Ils taisaient leurs souffrances car ils avaient appris à être forts, à donner le change.

De nos jours, nous sommes beaucoup plus tournés vers l’humain, vers la compréhension, vers le partage, vers la nécessité de transmettre comme cela s’est fait pendant des milliers d’années.

Ce livre raconte avec les yeux d’une femme de 40 ans une histoire tue, l’histoire de sa famille. Histoire, que sa grand-mère, Myriam seule survivante, n’a pas eu la force de transmettre.

Les Rabinovitch sont une famille unie. Juifs peu pratiquants, ils ont traversé l’Europe au départ de la Russie pour s’installer et construire leur futur. Ils ont même fait une halte en Palestine avant de s’installer à Paris.

Malgré une volonté de s’intégrer, de devenir français, de participer à l’essor de leur pays d’accueil, Ephraïm, Emma et deux de leurs enfants seront assassinés en 1942 à Auschwitz.

Ce roman est celui d’Anne, femme du 21ème siècle. Elle cherche à intégrer le mot « Juif » dans son monde laïque.

J’ai dévoré ce roman en partie lors de mon séjour à Paris en mars. Le lire là où une partie de l’intrigue se déroule a donné une dimension supplémentaire de justesse et de vérité à ma lecture.

Si ce livre n’a pas encore attiré ton attention, il est encore temps de le glisser sous ton bras lors de ton prochain passage en librairie.

Si tu l’as déjà lu, qu’en as-tu pensé? Le conseilles-tu?

Dis-moi tout, histoire d’assouvir ma curiosité et mon besoin de partage.

Belle lecture!

Littérature

Entretien avec Laura Trompette: « Pour moi c’est important de respecter la part de lumière et d’ombre de chacun. »

A la fin de notre première partie de printemps, le dernier jour avant la dernière offensive de l’hiver, j’ai eu la chance de croiser la route d’une autrice française qui écrit avec ses tripes et partage avec ses lecteurs ses convictions les plus profondes…

J’ai donc croisé la vie de Laura Trompette un lundi après-midi ensoleillé dans un hôtel bruxellois plein de charme. Endroit que je ne connaissais pas, havre de paix en plein cœur d’un des quartiers les plus fréquentés de la capitale.

J’étais un peu impressionnée et stressé par cette grande première car oui, avant cette rencontre, j’étais forte de mes nombreux live interview sur #bookstagram mais je n’avais jamais fait d’interview en face to face…

Une très belle première expérience qui m’a comblée…et finalement, tu sais quoi…ce n’était pas une interview, c’était une réelle rencontre entre deux femmes. La première qui écrit et la seconde qui s’émerveille à chaque fois un peu plus de la force de ceux qui écrivent, de leurs motivations et de leurs parcours.

Huit battements d’ailes est déjà dans les rayons de vos librairies.

Tu le sais surement, si tu as lu ma chronique sur « La révérence de l’éléphant » sur Insta et sur « Huit battements d’ailes » ici même sur ce blog, que je n’étais pas spécialement pressée de découvrir le dernier roman de Laura sorti en mars aux éditions Charleston…

En effet, « La révérence de l’éléphant » avait été une bonne lecture sans plus et du coup, je me disais que ce dernier roman n’était pas une priorité…Les petites surprises de la vie ont fait que je l’ai dévoré en un week-end et que ce fut un coup de cœur.

Avec ma franchise habituelle et après les présentations, j’ai donc démarré l’entretien en expliquant ce ressenti… Toujours ce besoin de me justifier ! J’avais pourtant préparé de manière très scolaire (vieux réflexe d’instit) mes petites questions…

Et j’ai commencé par dire ça…

J’ai lu votre roman précédent et ça n’a pas été le coup de cœur. J’avais entendu autour de moi sur les réseaux beaucoup de coup de cœur et tout ça… Pour moi ça n’avait pas été le cas. J’avais ressenti une distance au niveau des émotions et des sentiments.  C’est un élément important pour moi.

Alors là, c’est vraiment une question de ressenti. Pour moi, il n’y a pas de distance. Chacun appréhende les choses à sa manière. Il y a des gens qui ont pleuré et qui ont été bouleversé.

Mais bien sûr parce que je l’ai lu en lecture commune et on avait toutes un ressenti différent. Donc comme quoi je pense que ça dépend aussi du moment de lecture, de son état d’esprit. Enfin de plein de choses.

Entre ce que nous, auteurs, nous mettons dans un livre et la façon dont c’est reçu, parfois c’est reçu d’une manière très différente de l’intention qu’on a mise.  Dans « La référence de l’éléphant », je voulais laisser la place à l’émotion du lecteur et de la lectrice.  Je ne voulais pas tout lui donner. Il fallait qu’il fasse sa part du travail et qu’il puisse accompagner Marguerite dans son voyage.

En revanche ça, c’était super juste ! Du moins pour moi… Quelques mois avant ma lecture, ma maman avait accompagné son papa en fin de vie en maison de repos (EPAD en France). Le chemin de mon grand-père a vraiment été très douloureux et très compliqué.  Du coup, j’ai vraiment apprécié tout cet aspect du livre qui va vers un retour à l’humanité. C’était très beau et très fort, ce parallèle entre l’éléphant et Marguerite.

Chacun a son monde qui rétrécit en fait. C’est un parallèle entre le monde des éléphants qui rétrécit en Afrique et puis le monde de Marguerite qui rétrécit dans son EPAD

J’en étais restée sur ces ressentis et puis j’ai découvert ce week-end « Huit battements d’ailes » et là, j’avoue, je me suis pris un peu une claque.

Merci.

Je suppose que l’on doit beaucoup vous parler du personnage de Judy ?

Pas tant que ça aujourd’hui. C’est marrant parce que tout le monde me dit « On doit beaucoup vous parler de tel ou tel personnage » mais en fait il y a des questions que l’on pense que l’on me pose beaucoup…alors que pas du tout.  Paloma avant vous m’a par exemple demandé « On doit beaucoup vous demander quel est votre personnage préféré » … J’ai répondu non, on ne m’a pas encore posé la question.

Je trouvais le personnage de Judy hyper intéressant.

Les lecteurs et des lectrices m’ont beaucoup parlé de Judy. Là je parle plus des journalistes.

Là, moi je suis plutôt lectrice. Je suis institutrice de formation. Mon métier n’est pas du tout le journalisme. Pour en revenir à Judy, je la trouvais hyper intéressante parce que justement elle ne démord pas de ses principes. Son personnage représente la femme forte, carriériste qui suis ses convictions quoi qu’il en coute. Pour moi, c’est elle qui boucle le lien entre les huit personnages féminins.

Judy c’est un peu l’anti-héroïne. En même temps, comme je dis toujours, je n’aime pas avoir un traitement manichéen dans mes livres. Pour moi c’est important de respecter la part de lumière et d’ombre de chacun.  En général, il y a toujours un peu des 2 même si le dosage n’est pas le même partout. Judy est un personnage qui vient servir le propos mais d’une autre manière, en étant justement aux antipodes de quelqu’un comme Magali ou aux antipodes de quelqu’un comme Raphaela.  C’est important aussi de la faire exister parce qu’à travers son existence dans le roman, elle porte un autre pan du propos.

Je vous suis déjà depuis un petit temps sur Instagram où on voit surtout vos activités d’autrice, de romancière, les sorties de vos romans.  Hier en préparant l’interview, j’ai effectué quelques recherches sur internet et je suis tombée sur votre page Wikipédia. Là, je me suis rendu compte que Laura Trompette n’était pas juste quelqu’un qui écrit des livres… Alors qui est Laura Trompette ?

J’ai commencé à écrire quand j’avais 8 ans.  J’ai toujours voulu faire ça.  Je suis passé par des tas d’autres choses avant.  J’ai gagné un concours d’écriture lancé par Patrick Poivre d’Arvor quand j’avais 21 ans. Ce concours a été vraiment le moment de bascule où je me suis dit que j’avais peut-être le droit d’écrire.  J’ai arrêté des études de droit et de langues. Ensuite, j’ai fait pas mal de choses différentes parce qu’écrire chez soi c’est une chose. Oser présenter un livre à un éditeur, c’en est une autre. Rencontrer le bon éditeur, au bon moment, quand on est prêt, quand l’éditeur est prêt à accueillir ce qu’on a c’est encore différent.  J’ai écrit avant le premier livre qui a été publié.  Il y a des choses que je n’ai pas assumées à une certaine époque. Finalement, j’ai été journaliste. J’ai été attachée de presse.  J’ai cofondé un site internet. J’ai fait des chroniques à la radio de bouquins. J’ai fait plein de trucs différents.  Aujourd’hui, je ne fais qu’écrire. Je n’écris pas que des romans. J’ai écrit pour un jeu vidéo qui s’appelle PCI agent qui est très chouette.  J’ai écrit et j’ai travaillé sur plusieurs séries mais malheureusement c’est un domaine on ne peut pas dévoiler les choses à l’avance. Je ne peux absolument pas en parler mais je travaille sur plusieurs séries.  C’est aussi pour ça que là, je ne suis pas dans une nouvelle entreprise d’écriture. Je suis essentiellement écriture. L’écriture me définit un peu en tant qu’être humain.  C’est mon activité.

Lorsque l’écriture s’est imposée à 8 ans, est-ce à la suite d’une prise de conscience ? D’un événement ?

Je n’ai pas eu une enfance malheureuse dans le sens où en famille, avec mes parents et ma sœur tout allait bien. Cependant, j’ai eu une enfance très compliquée à l’école. J’ai été victime de harcèlement scolaire très tôt en primaire et c’était assez violent. Il y a eu des coups. Il y avait une mise à l’écart et ça a duré pendant une partie de mon adolescence. Je me souviens de choses de façon très précise. J’ai une mémoire un peu particulière et je raconte toujours cette même histoire de moi qui est dans un bus. On est en pleine sortie scolaire. A cette époque-là, j’élevais des vers de terre dans ma chambre.  Mes passions ne sont pas celles des autres. Il n’y a personne à côté de moi dans ce bus.  Je me suis mise à écrire sur une pochette cartonnée qui a été distribuée pour la sortie scolaire.  Au départ, j’ai aussi essayé de dessiner au départ.  Mais je n’avais aucun talent pour le dessin mais alors vraiment aucun ! L’écriture a débuté comme ça. C’est devenu vraiment une activité régulière à 11 ans.  J’écrivais de façon quasi quotidienne.  J’écrivais en classe.  Je me faisais virer parce que j’écrivais en classe.  Enfin ça c’était surtout en seconde bien après. J’ai le souvenir d’une prof d’espagnol qui m’a chopé le poème que j’étais en train d’écrire. Très probablement encore un sonnet en alexandrins parce que j’étais passionnée par ça à cet âge-là. Elle m’a déchiré tout le truc.  Ça a été un petit combat entre elle et moi qui s’est soldé par 2h de colle.

Deux heures de colle avec un travail à la clé ou bien en écriture libre ?

La prof m’a bien mise les deux heures de colle et en fait, ma prof de français qui est devenue une amie et qui est toujours dans ma vie aujourd’hui m’a sauvée de ces 2 heures de colle.

Quand je regarde un peu votre biographie, je vois une certaine évolution dans l’écriture ou en tout cas dans le style et le message transmis.  

Je ne sais pas si c’est une évolution.  Bien sûr, il y a une évolution dans mon écriture et  fort heureusement. L’écriture est aussi une discipline, un travail, une gymnastique. Souvent quand les gens me demandent comment on fait pour écrire un roman, je leur dit : « On écrit, on travaille, on joue avec les mots ».  Il y a aussi eu chez moi une volonté d’exploration, un besoin d’exploration même. Le roman que j’ai publié à 28 ans, je l’avais dans le ventre depuis mes 18-20 ans. Il n’avait pas cette forme exacte.  J’avais besoin de donner la parole à 2 femmes sur un plan sexuel. C’était important pour moi que 2 femmes puissent s’exprimer librement, crûment, sexuellement. C’est pour ça que j’ai fait le choix d’écrire mon premier roman « Ladies’ Taste ». Il a été catégorisé romance érotique ou je ne sais quoi.

C’était l’époque aussi de « 50 nuances de Grey » et autre…

Oui mais pour moi ce n’était pas ça.  Non ! Ce n’était pas le sujet. Mon roman a été associé à cette mouvance. Bien sûr que c’est un livre qui porte dans son sein beaucoup de légèreté et qui est un divertissement. Pour autant, ce qu’il y avait derrière, chez moi, c’était une manière aussi de donner la parole sexuelle et crue à des femmes. C’était à dessein, je voulais ça. D’ailleurs, dans des interviews, il m’a été demandé comment on assumait d’écrire aussi crûment sur le sexe quand on est une femme.  Ce n’était pas de la provocation. Je voulais montrer que c’était possible point, c’est fait.

Après cette série de romans, il y a eu « C’est toi le chat » qui est dans un genre différent appelé feel good. Moi je ne sais pas, les catégorisations m’exaspèrent. Ce n’est pas mon truc. Je ne range pas les trucs dans des rayons. Il y a des gens qui font ça très bien.  J’écris parce que j’ai quelque chose à dire ou parce que j’ai envie d’explorer un terrain. J’avais très envie de donner la voix à un chat depuis longtemps.

Dans la série « Ladies’ Taste », il y a une des 2 héroïnes, Crystal, qui a un chat et en écrivant des scènes avec ce chat, je me suis dit que j’irai plus loin un jour.  J’allais faire d’un chat, un narrateur. C’est comme ça qu’est né « C’est toi le chat ». Ce roman aborde aussi la vie d’une petite fille qui subit un harcèlement scolaire assez dense. Cette petite fille n’est pas tout à fait comme les autres intellectuellement. C’est un autre sujet très important pour moi.

Ensuite, j’ai eu envie, enfin je fais des bons hein, je ne vous les cite pas tous !

Ensuite, j’ai eu envie de parler de la dualité de l’être humain et du fait qu’on ne connaissait pas toujours exactement le pile et le face de la personne avec laquelle on vit. De cette idée et de cette volonté de parler de la dualité de l’être humain est né « Asphyxie » qui se trouve être un thriller psychologique.  Pourquoi ? Je ne sais pas.  Je ne me suis jamais réveillée un matin en me disant je vais écrire un thriller.  J’ai écrit un thriller car les émotions que j’avais à véhiculer à ce moment-là ont pris la forme d’« Asphyxie ». On y est à la fois plongé dans la vie d’un couple, dans la tête d’un tueur en série et dans la tête d’une enquêtrice à la brigade criminelle de Paris. Mes émotions se sont exprimées comme ça.

Il est vrai que je fais partie des auteurs qui ont fait vraiment des bonds dans les genres. Aujourd’hui, j’aspire à écrire de la littérature. Quelque part, ce n’est pas un hasard.  Il y a toute cette palette qui est en moi et qui a eu besoin de s’exprimer.  J’ai toujours dit, par exemple, que je n’écrirai jamais de roman historique. Qui sait ?  

Dans tout ce que vous venez de dire, je comprends à présent que vous n’êtes pas attachée à un style ou un genre. Peut-on dire que vous écrivez pour mettre en avant et dénoncer un ou plusieurs de vos valeurs qui sont bafouées par la société, un groupe de personnes ou même un individu ?

Oui, oui, bien sûr !  C’est un mélange de choses.  Premièrement, comme dit précédemment, je suis une éponge. Je bois le monde d’une façon très particulière.  Il y a souvent un trop plein en moi. C’est très compliqué à gérer. Il faut que ça sorte et le moyen d’expression est l’écriture.  

Ensuite je suis quelqu’un qui a un naturel assez révolté. Il y a des choses que j’ai envie de combattre ou à l’inverse de défendre. C’est très présent en moi aussi. Il faut que ça s’exprime notamment sur la cause animale qui me tient énormément à cœur. Le roman est un fabuleux vecteur pour faire ça.

Finalement, il y a ces rencontres, ces émotions que j’ai en moi, ces paysages et tout ce qui peut construire une histoire qui arrivent autour de tout ça et qui l’enrobe et qui fait un roman.

Lors de mes recherches, j’ai écouté une petite capsule sur Youtube où le journaliste faisait allusion à la présence du digital dans vos livres. Il est vrai que dans vos deux derniers romans, le digital et les réseaux sociaux sont présents. Qu’en pensez-vous ?  Vous définissez vous comme quelqu’un de digital ?

C’est une question très compliquée. J’ai longtemps signé « Digital Girl » parce que dans toutes mes casquettes, j’ai dirigé les raisons de certaines personnalités. Aujourd’hui, je vais être honnête, ça me dépasse un peu. Ça va loin. Les réseaux sociaux sont un formidable outil de communication quand ils sont utilisés à bon escient et qu’ils permettent de créer des mouvements. Ils permettent de faire se rencontrer des gens. Dans ce contexte, ils sont un formidable outil. A côté de cela, je pense aussi que quand je croise les gens qui sont le nez sur leur téléphone et qu’ils ne se regardent plus, ça va trop loin.

D’ailleurs j’avais été frappé pendant le confinement quand j’allais promener mon chien en ce moment où j’avais donc le droit de sortir. Quand j’allais promener mon chien, je me disais que c’était incroyable car c’était la première fois que les gens se regardaient. Je m’explique, personne dans la rue n’était sur son téléphone.  Les gens se regardaient, ils se souriaient. En plus, au départ, on n’avait pas les masques dehors.  Il y avait dans les échanges de regards un surplus d’humanité qu’on avait un peu perdu. On l’a d’ailleurs complètement reperdu depuis.

Je pense que nous sommes un peu trop esclaves des réseaux sociaux.  En même temps, ce serait hypocrite de ma part de les critiquer puisque je m’en sers et que j’en ai besoin dans mon métier pour communiquer avec les gens.  C’est très important. J’ai mes limites là-dedans. Cela dépend de ce que l’on en fait.

« Huit battements d’ailes » est un pan de vie durant le confinement. Je suppose que ce confinement a dû être très dur à vivre pour devoir le coucher sur papier. Était-ce une soupape pour vous de faire vivre à différents personnages ce moment éprouvant ?

 Je sais qu’il y a des écrivains, et je ne les critiques pas, qui on choisit de se raconter pendant le confinement en live, de raconter leur propre confinement. Jamais je n’aurais fait ça.  C’est mon choix. Je respecte le leur. J’avais plutôt envie d’explorer de manière non pas universelle parce que j’ai 8 personnages et que ces 8 personnages ne sont que ce qu’ils sont. Mais j’avais envie d’aller ouvrir des fenêtres, d’aller regarder comment ça se passait ailleurs. J’avais une certitude : ce même événement, qui impactait la moitié de la planète au fil des semaines de la même manière avec cette décision de confiner dans les différents pays, n’allait pas du tout avoir le même impact selon où on était, qui on était, comment on était considéré, avec qui on vivait et cetera.

Mon obsession n’était pas de raconter ce que moi j’avais pu ressentir mais plutôt d’explorer ces différences.  Un même événement ne sera pas du tout vécu de la même manière. Dans ce livre, il y a la parole aux victimes. Il y a la parole aux personnes qui se trouvent sur le chemin des victimes et qui tentent d’aider, qui sont impuissantes. Il y a la parole aux personnes peuvent exprimer à ce moment-là un courage incroyable. Ce livre était une manière de leur donner à toute une voix et certainement de mettre ma propre voix là-dedans par rapport à mon propre confinement.  Ça n’a jamais été mon propos.

Je ne voyais pas votre livre comme cela. Je le voyais plus comme l’exutoire en gardant sa réserve et distance nécessaire.

Une distance qui ne veut pas dire que j’ai de la distance avec mes personnages. Dieu sait que j’ai fait corps avec chacune et plus avec certaines comme Kirsten. Elles m’ont grignotée de l’intérieur. C’est évident là. Mais oui c’était une manière de parler de ce qu’on a tous vécu.

En refermant le livre, j’avais le sentiment que chaque personnage était à un moment ou à un autre dépendant de ce système créé par les Hommes, jusqu’à même en être parfois victime. Magali, par exemple, qui se pose beaucoup de questions avant d’agir et qui craint de perdre son emploi par exemple.  

Je ne l’ai vu comme ça moi Magali. Le personnage d’Etienne (le patron) n’est pas un mauvais bougre. Pas du tout. Au contraire, c’est quelqu’un qui a tendu la main à Magali dans un métier d’homme. Il se trouve confronté à une décision importante que je ne peux évidemment pas spoiler.  

Je n’ai pas voulu montrer sa défaillance à lui mais bien son courage à elle à ce moment-là. Elle s’autorise à se sentir pousser des ailes alors qu’elle a une personnalité plutôt réservée. Elle se sent pousser des ailes et elle se dit que ce qu’elle est en train de défendre est plus grand que ce lien de subordination avec ce patron.  Patron, qui par ailleurs, est plutôt bienveillant.

Je n’ai pas du tout ressenti Etienne comme un prédateur. J’ai plus eu l’impression que Magali devait se battre et n’avait pas le droit à l’erreur. La décision qu’elle a prise d’aider une autre personne était pour elle un dilemme et un risque de perdre un emploi dans lequel elle s’épanouissait. Quand j’y repense, j’ai eu ce sentiment pour chaque personnage. Toutes à un moment ou un autre, elles ont été a été victime du système. Chacune a poursuivi son chemin en mettant parfois de côté au plus profond d’elles-mêmes ce qu’elles ont vécu.

Bien sûr et c’était le but. J’ai réagi un peu fortement en vous disant qu’elles ne sont pas toutes victimes d’un homme ou elles n’ont pas toutes des problèmes avec l’homme. Je cite des montagnes choses.  A travers ces 8 femmes, il y a une palette d’évènements, une palette de sentiments, une palette de ressentis…

Pour moi, c’est très important de ne pas diviser.  Je ne me mettrai jamais contre l’homme. Je me positionne bien sûr contre les prédateurs. Je souhaite que les punitions soient bien plus graves. Il faudrait que plus jamais ce ne soit possible qu’un homme qui a violenté sa femme et qui finit en prison en sorte 3 mois après pour aller tuer sa femme.  Là est évidemment mon propos.

En revanche je trouve que nous avons plus intérêt entre femmes et entre hommes et femmes à ne pas se montrer du doigt mais plutôt à se serrer les coudes. Nous sommes tous des êtres humains. Ce n’est que dans cette humanité qu’on trouvera les clés.  Je ne veux pas écrire un pamphlet contre les hommes.  Je n’ai pas écrit un pamphlet contre la police non plus. Je pointe du doigt des comportements qui me semblent soit abusifs, soit complètement destructeurs.  

Pourrait-on dire que vos livres ont une connotation féministe ?

Je ne sais pas si on était dans une revendication féministe dans mes premiers livres (Ladies’Taste). On était dans la parole à la femme sur un sujet. Pour mes personnages et pour moi, j’ai beaucoup entendu encore une fois en interview : « Mais comment on peut parler aussi crûment de sexe ? ». Et pourquoi pas ?  Les journalistes auraient-ils osé poser la même question avec écrivain ?

On ne parle même plus de féminisme alors ? On parle plutôt de combattre le patriarcat et cette idée de main mise sur les femmes ?

Je ne combats pas l’homme.  Je ne rêve pas d’une société matriarcale comme chez les éléphants. Je pense que le chemin à faire est encore très long sur bien des sujets. A mon petit niveau, insignifiant, d’écrivaine, j’essaye de faire passer des messages sur les sujets qui me sont chers. J’apprends moi aussi des choses en écrivant.  Je réfléchis.

Une toute petite dernière question justement par rapport au personnage animal. Est-ce facile pour vous de décrire les émotions d’un animal ?

 Je ne sais pas si c’est facile d’écrire les émotions d’un animal. C’est en tout cas un exercice que j’aime faire ou que je m’impose. Evidemment c’était moins facile de rentrer dans la tête d’une ourse que d’un chat ou d’un chien.  C’est très important pour moi parce que ça ne compte pas moins que les émotions d’un être humain.  J’ai très peu parlé du personnage animalier sur mes réseaux sociaux parce que je voulais laisser aux lecteurs et aux lectrices la surprise. J’avais envie que le lecteur puisse découvrir ça et que ce ne soit pas dit. D’où mon silence à ce propos sur mes réseaux sociaux. La découverte pour le lecteur en sera plus grande.

Merci beaucoup Laura pour cette interview et mes questions parfois un peu franches.

J’espère que vous avez tout.

Oui oui j’ai de la matière. Il n’y a pas de souci. J’ai encore des questions mais j’en ai toujours 3 000 000 !