Littérature

La carte postale d’Anne Berest

Un des best sellers de la rentrée littéraire 2021

Envoies-tu encore des cartes postales? Quelle est la dernière que tu aies reçue?

Ma dernière carte postale, je me la suis offerte avec mes étrennes en ce début d’année. Un cadeau de moi à moi fortement influencé par #booksta.

« La carte postale » d’Anne Berest est l’une des sorties phare de la rentrée littéraire automnale de 2021. Un roman autobiographique porteur d’un lourd passé familial.

« La carte postale » est un accouchement douloureux.

En l’écrivant, Anne Berest met à la lumière les secrets de sa famille. Ils ne sont pourtant pas honteux ces secrets. Ils étaient juste trop lourds à porter pour la grand-mère de l’autrice.

Ce roman nous le devons à une carte postale. Une simple carte pas très jolie de l’Opéra Garnier à Paris. Une carte expédiée le 4 janvier 2003 de la poste centrale du Louvre à Paris.

Tu retrouves d’ailleurs cette carte sur le bandeau du roman…et pour une fois, je te conseille de conserver ce bandeau précieusement car il fait entièrement corps avec le récit.

Au dos de cette carte, quatre prénoms: Ephraïm, Emma, Noemie et Jacques.

Cette carte postale arrivera en ce début 2003 mélangée aux courriers et autres publicités dans la boite aux lettres de la mère de l’autrice. Elle restera en suspens dans l’esprit de cette dernière.

Puis un jour, la fille d’Anne lui dira qu’à l’école, les Juifs ne sont pas les bienvenus. L’autrice se dira alors, qu’il est temps pour elle de découvrir qui sont ceux qui se cachent derrière ces 4 prénoms et surtout pourquoi cette carte est arrivée jusqu’à sa mère.

Ce roman est le point final de l’enquête qu’Anne a menée avec sa mère, avec sa soeur (Claire également autrice) et avec le soutien d’un détective privé…et d’un criminologue.

Ce roman n’est pas une Xe histoire de famille victime de la folie d’Hitler. Ce roman parle du génocide bien entendu mais il parle également de l’avant et surtout de l’après.

Ce roman réhabilite des hommes et des femmes dans une histoire familiale. Eux qui ont été englouti par les démons d’une époque (démons qui sont à nouveau à nos portes) reprennent vie sous la plume de l’une de celle qui est un part d’eux-même.

J’ai particulièrement apprécié la construction littéraire du récit qui n’est pas centrée sur la souffrance ou l’incompréhension. Anne Berest nous présente des humains. Elle nous conte des vies.

Elle nous raconte des personnes qui avaient des projets, des personnalités, de l’ambition. Il n’aura fallu que la peur et la politique pour les effacer de nos mémoires. Pour taire ce qu’ils étaient…

La souffrance de ceux qui restent et la culpabilité d’être vivant malgré tout a fait le reste.

Ce roman explique l’errance juive. Cette recherche d’une terre d’accueil qui n’est pas sans rappeler les flots de migrants qui arrivent à nos frontières après avoir été déboutés de partout.

Ce roman tisse un lien entre le passé et le présent. Il présente l’impact que la shoah a eu sur ces familles brisées. Il est question de lever le voile, de reserrer les liens entre les générations.

Dans ce roman, chaque génération a enfin l’occasion de s’affirmer, de se dire et de se raconter en y incluant cette identité juive qui était devenue une ombre. Ce n’est pas un outil de propagande.

Ce n’est pas étonnant que « La carte postale » ait reçu le prix Renaudot des lycéens 2021. Le récit est totalement accessible à de plus jeunes lecteurs. Il offre aux adultes de demain une immersion dans le passé.

Il n’est pas question ici de livre d’Histoire. Il n’est pas question de devoir de mémoire absolu. Il n’est pas question de morale. Il est question de compréhension, de femmes perdues dans les inconnues de leur passé familial.

Avoir une identité de nos jours est souvent un parcours difficile. Nos anciens ne se racontaient pas. Ils taisaient leurs souffrances car ils avaient appris à être forts, à donner le change.

De nos jours, nous sommes beaucoup plus tournés vers l’humain, vers la compréhension, vers le partage, vers la nécessité de transmettre comme cela s’est fait pendant des milliers d’années.

Ce livre raconte avec les yeux d’une femme de 40 ans une histoire tue, l’histoire de sa famille. Histoire, que sa grand-mère, Myriam seule survivante, n’a pas eu la force de transmettre.

Les Rabinovitch sont une famille unie. Juifs peu pratiquants, ils ont traversé l’Europe au départ de la Russie pour s’installer et construire leur futur. Ils ont même fait une halte en Palestine avant de s’installer à Paris.

Malgré une volonté de s’intégrer, de devenir français, de participer à l’essor de leur pays d’accueil, Ephraïm, Emma et deux de leurs enfants seront assassinés en 1942 à Auschwitz.

Ce roman est celui d’Anne, femme du 21ème siècle. Elle cherche à intégrer le mot « Juif » dans son monde laïque.

J’ai dévoré ce roman en partie lors de mon séjour à Paris en mars. Le lire là où une partie de l’intrigue se déroule a donné une dimension supplémentaire de justesse et de vérité à ma lecture.

Si ce livre n’a pas encore attiré ton attention, il est encore temps de le glisser sous ton bras lors de ton prochain passage en librairie.

Si tu l’as déjà lu, qu’en as-tu pensé? Le conseilles-tu?

Dis-moi tout, histoire d’assouvir ma curiosité et mon besoin de partage.

Belle lecture!

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